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Crédit photo : Pierre PLANCHENAULT

INTERVIEW

Bonjour Anthony, peux-tu te présenter, ton parcours ?

J’ai rencontré la danse hip-hop dans les années 80, 1984 exactement, quand le hip hop est arrivé en France via les médias que ce soit l’émission « à chiper à choper ». Je suis issu de la première génération de danseur Hip-Hop. Je suis de cette génération qui a dansé sans professeur, en regardant la danse à la télévision en reproduisant les gestes, on se cognait la tête, se déchirait le dos.
J’ai dansé longtemps dans la rue, dans les centres sociaux, dans les discothèques, dans les années 80 on dansait essentiellement comme ça, il n’y avait pas de battles. La compétition ne s’était pas développée comme aujourd’hui, on avait notre propre réalité qui était de se frotter à cette culture par nos propres moyens.

Tu as été danseur de rue dans les années 80, peux-tu nous raconter rapidement cette époque HipHop : plus riche ou moins riche qu’aujourd’hui ?

Certainement moins riche parce que moins présent à travers les événements, les festivals, les battles… C’est une époque où le hip-hop était dans sa genèse, dans son apparition. Il y avait une énergie dévastatrice car on découvrait la culture, on avait l’impression d’être privilégié avec cette culture, de grandir avec elle, d’évoluer avec elle. Beaucoup moins riche mais certainement véhiculée d’une manière beaucoup plus forte par ses pratiquants. C’était encore underground, on se réfugiait dans les caves, on était vraiment intime avec le hip-hop.

Comment es-tu arrivé sur le projet Bliss ?

Bliss est arrivé dans mon parcours à un moment où j’ai fréquenté les soirées électro, avec la mise en avant des DJs qui ont pris aujourd’hui la place des grands compositeurs, qui vendent des milliers d’albums. J’ai vécu l’impact de la musique électro qui est construite d’une manière intelligente et assez efficace parce qu’elle interagisse directement sur le corps humain, sur le rythme cardiaque, elle fait monter l’adrénaline, jusqu’à atteindre des sensations d’extases, de transes. C’est une musique qui met les masses à l’unisson avec ce système d’explosions sonores successives, il y a une tension permanente. Je voulais Bliss pour parler un peu de cette sensation, cet état second de transe à travers la répétition du mouvement et la répétition musicale successive, donc c’est une des expériences de Bliss.

Y’a t-il eu des difficultés particulières à faire coexister plusieurs univers de danse autour d’un même projet de danse ?

J’ai travaillé sur les évolutions de la danse Hip-Hop, on peut dire que le hip-hop a évolué en même temps que la musique et l’évolution musicale a engendré l’évolution des danses donc dans ce spectacle, on voit aussi l’évolution des danses hip-hop et en particulier la danse électro.
L’électro, c’est le petit fils de la tektonik. La musique électro c’est la danse hip hop expérimental, c’est le new style, c’est la house dance, c’est une envie d’évoluer dans ces danses de boite. Bliss, c’est aussi l’ambiance et l’environnement des clubs et des discothèques. Bliss, c’est un voyage en boite de nuit. Ambiance de boite de nuit avec ses différents protagonistes qui évoluent dans un univers musical guidé par le DJ et nous fait voyager dans les genres, dans les temps. Et forcément on traverse les danses, les techniques, les ambiances. Je n’ai pas eu de problème à faire cohabiter les deux univers car elles sont toutes deux issus de la musique électronique donc forcément la cohabitation s’est faites de manière naturelle. Comme je suis dans une gestuelle hybride, ma gestuelle est imbibée de danse hip-hop et électro.
Même si il y avait des spécialistes, surtout en danse électro, je me suis servi de leur danse, de leur spécificités, dans une écriture contemporaine et actuelle qui me correspond. L’émotion à travers le mouvement, définir une gestuelle parfois en la précisant.

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L’expression du corps est-elle propre à chaque style ? Penses-tu que les mêmes émotions peuvent paraitre quel que soit le style ?

Il y a des formes stylistiques qui appartiennent à chaque style, des formes chorégraphiques qui sont propres à chaque style mais je pense que chaque style peut transmettre les mêmes émotions. Hormis certaines danses très codifiées. On peut raconter tout ce qu’on veut à travers chaque danse et style. L’émotion tu peux la faire transpirer dans chaque style de danse. Tu peux transmettre la tristesse à partir du moment où tu fais vivre le mouvement.
Le corps peut dire ce qu’il veut à n’importe qu’elle moment.

Quelques anecdotes ou raconte nous une journée type de tournage ou quelles difficultés rencontrées ?

Une première. Ce n’est pas évident quand on est dans un processus de création et de recherche d’être filmé par les caméras.
Ce qui est important c’est quand les caméras se font oublier, faire en sorte qu’ils puissent prendre des moments forts car quand on sait qu’on est filmé on ne régit pas de la même manière. Donc il y a eu des hauts et des bas, la création c’est des moments de tensions, de joie, ces temps de recherche sont nourris par ces moments de vie… Il fallait être assez subtile quand les gens sont en train de nous filmer en même temps.

Qu’ambitionnes-tu pour Bliss ? Qu’espères-tu que Bliss produise sur le public ?

L’objectif c’était de transmettre au public cette sensation de plaisir qu’on peut vivre sur scène et qu’on a pu vivre chacun d’entre nous en boite, en club, on a tous vécu ces moments là. Le plaisir d ‘écouter une musique aussi, qui provoque chez nous un plaisir intense, un souvenir. Le but était que le public puisse retrouver ces petits moments qu’ils ont pu avoir quand ils étaient en boite et qu’ils ont eu des rapports intimes avec une musique. A la fin s’ils bougeaient la tête en rythme c’était gagné !

D’autres projets de films, de spectacles…. ?

Un projet qui vient de se terminer, un projet avec un orchestre symphonique (collaboration avec l’opéra de Limoges) sur une œuvre un peu méconnu, « les forains » d’Henri Sauguet. C’était intéressant pour moi de remettre au goût du jour une œuvre du répertoire qui est assez méconnu mais une œuvre symphonique magnifique qui a été chorégraphié par un chorégraphe qui s’appelle Roland Petit. C’est une œuvre qui avait déjà eu une vie et moi je lui ai apporté ma vision actuelle.
A cet orchestre symphonique j’ai ajouté un compositeur électro, c’est une rencontre atypique où les différents genres se mêlent.
Il y a un projet que j’aimerai faire avec la ville de Bordeaux, ce serait un objet de communication. Bordeaux a un patrimoine magnifique et je souhaiterai mêler danse et patrimoine en filmant la ville et les danseurs avec des drones. On pourrait donc voir comment le corps investi l’espace urbain et comment il met en avant cet espace à travers des prises de vues bien spécifiques.

Merci Eric, à très bientôt sur de nouveaux projets


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