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« Black On Both Sides », l’album de Mos Def, fête ses 22 ans

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À cette date, en 1999, le rappeur, acteur et activiste social Yasiin Bey,  officiellement sous le nom de Mos Def,  sortait son premier album solo, Black On Both Sides, sous le label Rawkus/Columbia. Un album fédérateur, à l’effet  d’une bouffée d’air rafraîchissante, qui rappelle, conscientise et rassemble autour de New-York et converge en son point névralgique : Brooklyn.

On y respire la ville. Son air le plus vicié, sa moiteur, on y perçoit ses couleurs, son rythme, les angoisses de ses habitants, ainsi que leurs espérances. 

Retour sur une œuvre et un rappeur aux destins inattendus… 22 ans après. 

Un outsider au profil peu orthodoxe…

Sur le papier, Mos n’avait pas un profil favorable à une quelconque ascension dans le rap. Il avait la réputation d’être issu du quartier de Brooklyn, Bedford-Stuyvesant, à l’époque où il était sans doute le plus mal en point, mais à une époque où les rappeurs n’avaient pas de perspective sans une activité parallèle, comme la création d’une ligne de vêtements ou l’apparition dans des films. Mos Def était avant tout un acteur. Il fait ses débuts professionnels dans un téléfilm d’ABC en 1988, à l’âge de 14 ans, puis décroche un rôle d’aîné dans la sitcom You Take The Kids. Il a également été l’acolyte de Bill Cosby dans l’émission éphémère The Cosby Mysteries, et est apparu dans plusieurs publicités, notamment une publicité pour une carte de crédit Visa dans laquelle il faisait semblant de s’extasier en rencontrant Deion Sanders. Cela a fait de lui un cheval noir intéressant, qui galopaient à contre-couant du rap populaire, et personne ne s’attendait à ce qu’il soit l’icone d’un rap conscient, surtout au regard de la conjoncture.

Le rap à un moment critique

Si la coexistence pacifique du rap au sommet et du hip-hop dans l’underground est plus fréquente aujourd’hui, la fin des années 90 a vu une deuxième vague de tensions entre les artistes considérés comme perpétuant les traditions du hip-hop et ceux qui étaient perçus comme inféodés à l’argent et la gloire. Mais à bien des égards, Mos était parfaitement préparé à mener le combat pour un rap conscient. Il a vu le hip-hop se frayer un chemin dans les arrondissements de New York, et a vu Biggie Smalls gagner des batailles de freestyle dans les coins de Bed-Stuy, comme il l’a rappelé dans le documentaire Freestyle : The Art Of Rhyme. Il a parfaitement compris l’exigence du moment et a fait ses débuts avec De La Soul, Stakes Is High. Mos s’intègre parfaitement aux rimes des vétérans Posdnuos, Maseo et Trugoy sur Big Brother Beat, dont il dynamise l’ambiance avec son flow frais et caractéristique en seulement huit mesures. Ce coup d’essai le motivera à montrer quelque temps plus tard ce dont il est capable aux côtés de Talib Kweli, sur Mos Def & Talib Kweli Are Black Star en 1998. De Brooklyn à l’Afrique, le morceau a établi les deux MCs dans leurs racines locales, tout en propulsant leur renommée au niveau mondial. Et pourtant, des doutes subsistent sur le potentiel de Mos…

Black On Both Sides, l’album de la consécration

C’est alors qu’est né Black On Both Sides, un merveilleux premier album solo de Mos Def, qui a brièvement, et brillamment, détourné une partie des projecteurs de l’emprise commerciale pour les braquer sur les racines du hip-hop.

Quatre mois après sa sortie, l’album a atteint la première place du Top Rap Albums Chart de Billboard et a été certifié Or, ce qui induit un total de 500 000 ventes. À l’époque, beaucoup de grands albums de rap étaient certifiés or ou presque dès la première semaine. Mais le fait que l’album ait atteint ces sommets après avoir été vendu à seulement 78 000 unités la première semaine signifie que les gens sont restés accrochés, bien après le rush initial qui tenait de la nouveauté de l’album. 

L’ingéniosité met souvent du temps à s’imposer

Les raisons de ce succès sont évidentes. Black On Both Sides possède une profondeur et une amplitude, immergées dans une ambiance dark caractéristique de Brooklyn. Mos y cite, la ville plus de 35 fois sur l’ensemble de l’album, et 19 fois sur le seul titre Brooklyn

The Mighty Mos aborde l’état du hip-hop sur l’intro Fear Not Of Man, l’importance de la communauté sur Love, la luxure sur Ms. Fat Booty, les dangers d’une flexion trop forte et d’une vie trop frénétique  sur Got et Speed Law, la crise mondiale de l’eau sur New World Water, l’héritage de la musique noire qu’il tente de maintenir en vie sur Rock ‘N’ Roll, le combat contre la pauvreté sur Climb, la mobilité sociale des Noirs sur Mr, tout ceci adossé à un jeu de mots éblouissants, une narration captivante, des simulations et des métaphores sophistiquées, et des rimes complexes.

Dès l’intro Fear Not of Man, il fait savoir qu’il est en phase avec ce qui se passe dans le rap game et revendique sa légitimité dans le game. Loin d’une autosatisfaction, il s’agit simplement d’une réponse à la question : « Yo Mos, qu’est-ce qui va se passer avec le hip-hop ? » . Le rappeur y répond : « Ce qui se passe avec nous. Moi, toi, tout le monde, nous sommes hip-hop » et que « le hip-hop concerne les gens ».

C’était le  titre parfait pour donner le ton de l’album, car il donne l’impression d’être bien informé. C’est un équilibre délicat à trouver et Mos le fait bien, rendant les seize autres morceaux, faciles à digérer et à accepter, surtout  avec des phrases comme « L’industrie n’est qu’un bloc cellulaire mieux construit »

Sur l’album, sa verve a beaucoup de mordant, sans pour autant être condescendante. Les piques acérées donnent davantage l’impression d’un homme qui se soucie profondément de son peuple, de sa culture et de sa musique que d’un prophète envoyé pour délivrer le rap-game du mal et de la tentation. La transition vers la merveilleuse narration de Love renforce sa conviction et ce pour quoi il se bat. Sa description de l’amour et de la chaleur qu’il a ressentis malgré une éducation pauvre dans les cités de Roosevelt,  amène les auditeurs à réaliser tout ce qu’on perd lorsque la communauté défavorisée d’un rappeur est exploitée au nom de l’image et du profit.

En gros, un album solidement ancré dans l’histoire de Brooklyn et du hip-hop, dont on ne peut que se souvenir même  22 ans plus tard. 

Sidoine
Sidoine
Journaliste et traducteur EN-FR, je suis passionné d'Internet, de technologies, de crypto-monnaies et de musique, le Rap tout particulièrement. Je suis tombé dans le chaudron de MC Solaar lorsqu'avec l'aide du druide Jimmy Jay, il préparait l'album Qui sème le vent récolte le tempo.

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