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 »La Fête est finie » pour Orelsan

image orelsan la fête est finie
On a écouté pour vous l'album d'Orelsan

Pas spécialement hyperactif dans le monde du rap pendant ces deux dernières années, Orelsan s’était un peu fait oublier des fans de hip hop, même s’il restait toujours sur le devant de la scène grâce à son film ou sa série sur Canal + par exemple. Du coup, on ne l’attendait pas spécialement pour cette rentrée.

Mais le clip  »Basique », dévoilé le mois dernier, avait rapidement enflammé la Toile comme si le rappeur n’était jamais parti. D’autant plus qu’il a profité du clip pour annoncer la sortie de son album  »La Fête est finie » de manière très originale. Orelsan ne devrait donc avoir aucun mal à récupérer sa place sur le podium de rap français.

L’attente autour de l’album est très vite devenue incontrôlable, avec l’annonce des invités sur le projet notamment. Et puis, plusieurs questions restaient en suspens : comment son rap dépressif, lassé de cette société un peu artificielle, allait réagir au succès du rappeur, qui est maintenant une des plus grosses stars musicales françaises. Comment sa vision un peu naïve, mais à la fois très lucide, et touchante, du gars encore coincé dans l’adolescence, allait résister au temps qui passe. La réponse est assez mitigée.

Du Orelsan tout craché ?

On va commencer par rassurer les fans : Orelsan n’a pas vraiment  »changé », et il a gardé les ingrédients qui ont fait son succès. Sa musique, par ses influences électro présentes depuis le début, par ses thèmes assez sincères et éloignés des problématiques de putes et d’argent (un mode de vie qui ne concerne au final que très peu de gens…), lui a valu de toucher un public très large. Son caractère blasé, toujours en retrait du monde, un peu comme s’il vivait sa vie à la troisième personne, est toujours présent, et ça lui donne une position idéale pour observer et parler des gens. Le morceau  »Défaite de famille » est par exemple assez réussi, et il y pare des relations souvent fausses qu’on peut entretenir lors d’une fête de famille. Vous savez, quand certains membres de votre famille sont un peu beaufs, que tout le monde rigole en façade mais se déchire lors des héritages, ce genre de choses. Le côté amer et lucide d’Orelsan est toujours aussi génial.

Les invités, Nekfeu, Stromae, Dizzee Rascal et même Maître Gims font plutôt bien le travail et arrivent bien à se fondre dans l’univers du Caennais, ce qui est très étonnant pour Gims. Après, de là à dire qu’ils apportent vraiment quelque chose au projet… Il n’y a bien que Stromae dont l’influence est véritablement palpable.

Le morceau  »Bonne Meuf » est, dans son genre, lui aussi assez réussi. Un morceau avec plusieurs sens, plusieurs degrés de lecture, où Orelsan parle de son rapport aux bonnes meufs, du fait que maintenant il est tout le temps scruté, un peu comme ces filles très jolies que tout le monde regarde lorsqu’elles entrent quelque part. Là encore, on observe bien l’alliage entre la naïveté, la lucidité, l’amertume, et les petits clins d’œil à ses démêlés avec certains collectifs féministes.

Le projet est plutôt centré sur la vie d’Orelsan, ce qui est bien, car au final c’est ce qu’on appréciait chez lui. Pas de mensonges, pas de romans autour d’une supposée vie de gangster, juste un jeune de la campagne, un peu moyen, qui s’ennuie beaucoup, et a du mal à communiquer avec les autres (en particulier le sexe opposé). Mais aujourd’hui, il n’est plus si jeune, il n’est plus si moyen, et ça se sent un peu dans la musique. Aujourd’hui, il nous parle de sa vie de maintenant, du fait qu’il pensait réaliser ses rêves en rappant, mais qu’il se retrouve à tourner un peu en rond, ne sachant plus exactement ce qu’il a envie de faire maintenant, notamment dans le morceau  »San », premier titre de l’album. Et on est d’accord avec lui : ça tourne un peu en rond…

Quand ça vire à la pop

Ce qui peut différencier le rap de la pop, c’est le caractère profondément contestataire du rap, qui a toujours été une musique qui s’est posée en décalage voire en opposition à la société. Le rap doit être un peu  »piquant », déranger un minimum, et ça n’est clairement pas le cas avec cet album d’Orelsan, dont les messages ne sont presque qu’un enfoncement de portes ouvertes général. Comme si le morceau  »Basique » avait déteint sur tout l’album ( »Si c’est marqué sur internet, c’est ptet faux mais c’est ptet vrai », en voilà une phrase dérangeante…). Du coup, avec ces messages qui sont très simplifiés (par rapport à la complexité et l’originalité d’un morceau comme  »50 Pourcent » ou  »No Life »), on a l’impression que la musique d’Orelsan prend un visage très  »généraliste », très simpliste.

Ce qui n’est pas forcément un mal, car la musique a vocation à toucher le plus de monde possible. D’ailleurs, ce qu’on fait remarquer au-dessus se voit aussi dans les isntrus. Les ambiances musicales, dirigées d’une main de maître par l’éternel Skreak (qui a reçu l’aide de Stromae et Phazz sur plusieurs morceaux), sont elles aussi beaucoup plus ouvertes que ne l’étaient ses précédents albums. Si les touches d’electro étaient toujours bien visible, elles sont désormais omniprésentes, avec également des ambiances plus pop, ou plus club, comme sur les morceaux  »Basique »,  »Tout va bien » ou  »Note pour plus tard’‘.

Et c’est ce qui nous gêne un peu sur cet album. Avant, chaque projet d’Orelsan contenait son morceau un peu technique ( »1995 » ou  »Jimmy Punchline » par exemple), sur lequel ça kickait dur, d’une manière un peu retro, et globalement les ambiances étaient beaucoup plus hip hop, alors qu’aujourd’hui on se dirige plus vers quelque chose qui ressemble à de la pop ou de la variété. Même la chanson où il parle d’amour,  »Paradis », est plus simple, et donc forcément un peu plus faible, dans les émotions véhiculées, que  »Prince Charmant » ou  »Finir Mal’‘. L’artiste chante aussi beaucoup plus sur ce projet. Ça n’est donc pas un mauvais album, et musicalement c’est même plutôt bien réussi, mais ça n’est pas un très bon disque de rap. Le rappeur se dirige vers un succès encore plus grand que tout ce qu’il a connu jusqu’ici, mais il risque de perdre au passage ses fans de la première heure, ce qui est malheureusement très courant dans notre rap…

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