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AccueilRap français : Actualité, sorties d'albums et sons du momentQuand Booba et Ali rappaient ''Les vrais savent''

Quand Booba et Ali rappaient  »Les vrais savent »

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Le temps passe de plus en plus vite dans ce rap français qui est toujours de plus en plus rapide dans son évolution, au point qu’on en oublie un peu l’Histoire passée. Pourtant, aujourd’hui est un véritable événement dans notre game FR : Booba vient d’avoir 41 ans, lui qui est né le 9 décembre 76 à Boulbi. Le MC le plus important en France depuis 20 ans a atteint un âge respectable et une carrière qui force l’admiration.

Mais comme, en plus, on est en 2017, on fête également les 20 ans du gros morceau classique  »Les Vrais Savent », qui a influencé tout le rap français par sa qualité d’écriture et le caractère très  »street » de ses lyrics. Un morceau sur lequel le duo Lunatic, formé de Booba et Ali, a donné de l’importance à un nouvel aspect dans le rap français : celle de  »rapper pour les vrais », ceux qui savent de quoi Lunatic parle, ceux qui connaissent ce qu’ils décrivent dans leurs morceaux, en se foutant complètement de ce que pourrait en penser le reste de la population. A l’occasion de ce double anniversaire donc, on va se pencher un peu plus sur ce long morceau.

Booba, le rap dans l’urgence

Le jeune B2o est alors dans la rue jusqu’au cou, à fréquenter ses potos du 92 qui naviguent entre les business illicites et la maison d’arrêt, comme Mala entre autres. On sent que le jeune B2o a les yeux qui brillent devant les richesses qu’on étale devant lui à la télé, et qu’il est à deux doigts de tout faire (notamment des choses illégales) pour les obtenir. Et globalement, c’est de ça qu’il va rapper dans tous ses couplets. Il commence à nous montrer qu’il vit dans l’urgence :  »Décidément je suis trop nerveux, j’arrive plus à écrire autre chose, Vie de rue bien vécue, du cran avant de vé-cre ». Sa vie a été la plus intense possible, dans la rue, à tel point que ça l’a tellement stressé et qu’il n’arrive plus à écrire sur d’autres sujets.

Dans ce premier couplet, il explique sa vision du rap. Venant de la rue, il ne pourra pas  »donner ses fesses » aux majors en faisant des albums  »commerciaux » et du rap gentillet, car il y a beaucoup trop de frères qui l’écoutent dans la rue, et c’est d’abord pour eux qu’il fait cette musique. Hors de question de se travestir ou de changer pour passer à la radio :  »si ça marche, cool, sinon nique sa mère ». Dans tous ses couplets sur ce titre, Booba va parler de ce tiraillement, ballonné entre la rue et le crime, et l’envie de réussir dans la chanson mais sans trop changer. Car trop changer serait synonyme de  »devenir un faux », alors que Booba a toujours voulu rapper pour les vrais.

D’où les multiples références et figures de style qui mettent en place une attitude  »nous contre eux » : les vrais contre les faux, les immigrés contre les  »français de souche », les pauvres contre les riches, les loups avec les dents longues face aux agneaux qui baignent dans le confort depuis trop longtemps. Les bourgeois ne peuvent de toutes faons pas comprendre ce que Booba raconte, notamment lorsqu’il dit  »crache du liquide blanchi par la cèce et l’shit » et décrivant une vie tellement dans l’urgence que les banlieues risquent d epêter à tout moment. Et lorsque ce jour sera arriver, Booba sait de quel côté il sera :  »Les pauvres, quand ça va péter mort à celui qui les sauve, leur dernière vision sera un gun et un chauve ». Booba les plaint d’avance, car c’est lui qui se chargera froidement de régler le problème.

Ali le réfléchi

Une attitude qui contraste avec l’attitude du rappeur Ali, qui a lui choisi un créneau un peu opposé, mais pas incompatible : celui d’observateur de la rue avec beaucoup de recul, mais également beaucoup d’amour pour les gens, avec une vraie volonté de les élever spirituellement par des conseils et des constats qu’il trouve justes. Car Ali est un homme de foi, et cette foi a un rôle capital dans son rap et dans sa vie :  »Je prends du recul, élargis mon champ de vision ». On voit une volonté d’essayer de se placer u petit peu au dessus, ou au moins plus loin de tout ça, de ne pas laisser l’urgence de la rue lui dicter ses agissements. Car cette vie de rue est difficilement compatible avec la religion.

Après l’opposition vie de rue / réussite musicale énoncée par Booba, on a ici plutôt une opposition vie de rue / religion dans les couplets d’Ali :  »Les miens se foutent des 7 vertus, les 7 pêchés prennent le dessus, le monde est déchu, le bien sous le mal est vêtu’‘. Ali est bien décidé à faire mieux que survivre, et se sert de son rap pour se poser en porte parole de sa communauté, tentant de l’éloigner des vices de rue en étant bien conscients que si c’est le seul moyen pour s’en sortir, alors on l’utilisera. Mais il est également très lucide sur l’état de son quartier et de la société en général :  »à qui la faute si mes gens semblent frustrés, monnaie et sexe, voilà de quoi illustrer le genre d’illusions qui plane dans les environs, là où certains diront, qu’il y a pas besoin d’avoir fait Math’ Sup’ pour savoir couper un ze-dou ». Cet enchaînement de rimes aboutit sur une des punchlines les plus  »street » de tous les temps, où Ali affirment qu’il n’y a pas besoin d’avoir des des études supérieures pour faire de l’argent avec le trafic de drogues, le ze-dou étant un bloc de shit de 12 grammes vendu aujourd’hui entre 50 et 70 euros chez un  »détaillant ».

La critique sociale est bien là, avec cette société qui nus vend l’argent et les femmes en symboles de réussite sociale, ce qui provoque des  »tentations » et donc des  »frustrations » chez les pauvres ne pouvant pas s’offrir tout ça. Mais Ali rejoint évidemment Booba sur l’imminence de la révolution, qui devrait arriver très bientôt, au vu de l’ambiance de plus en plus tendue qui règne en France :  »Comme les X-Men, j’ai la vision, oublie tes bijoux et ton vison, surveille ta maison, la plupart des frères perdent la raison, que vas tu faire ? Armageddon arrive, Armageddon arrive, fils… ». Cette tension qui monte, cette colère qui gronde, est très présente chez Lunatic, ainsi que l’opposition  »vrais / faux », les deux thèmes principaux du morceau. Ali et Booba sont deux faces d’une même pièce, le Yin et le Yang. L’un est très pragmatique, à fond dans la rue et près à réussir par n’importe quel moyen, l’autre essaye de prendre un peu de recul et de voir plus loin que  »l’immédiat », mais les deux se rejoignent sur un point : ça va chier, et ils seront tous les deux du même côté quand ça pétera, le côté des vrais.

20 ans après, les banlieues ont brûlé plusieurs fois, on a eu les Nuits Debout, mais rien n’a toujours vraiment pété. Le morceau n’en demeure pas moins très actuelle, car au final, la tension continue de monter et ça pétera sûrement un jour. En attendant, il faudra trouver deux nouveaux  »Lunatic » pour nous parler de cette future révolution, car les deux rappeurs ont pris des chemins bien différents. Ali, 42 ans, est toujours dans le rap, mais surtout dans plein d’autres choses, et de manière très confidentielle, tandis que Booba, 41 ans, est désormais une des plus grosses stars françaises, au point que chaque post Instagram déchaîne les foules Mais il ne parle plus beaucoup de révolution… On lui souhaite un excellent anniversaire, et on espère qu’il nous ressortira de nouveaux classiques aussi forts que  »Les Vrais Savent » !

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