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AccueilRap français : Actualité, sorties d'albums et sons du momentQuand Booba mettait le rap français en ''Temps Mort''

Quand Booba mettait le rap français en  »Temps Mort »

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Booba est une sorte de monstre du rap français. A vrai dire, on pourrait même dire qu’il est le rap français, puisqu’il en a traversé quasiment tous es âges, en s’adaptant à chaque fois à la nouvelle tendance en vogue, qu’elle soit Gangsta Rap, Dirty South ou Trap. Et presque à chaque fois, son album est un classique du genre, et impose encore plus une tendance qui devient suivie par tous. Booba est une sorte d’accélérateur du rap français : grand connaisseur de ce qui se fait aux Etats-Unis, il cherche les gens faisant des choses assez similaires en France, travaille avec eux et sortent l’album qui v indiquer la direction du rap français dans les deux années à venir.

Ça a marché avec  »Ouest Side » pour le gangsta rap en 2006, ça a marché pour  »0,9 » avec le dirty south en 2008 (un peu moins bien c’est vrai), et ça a marché pour la trap avec  »Futur » et  »Nero Nemesis » en 2012 et 2015. D’autres en faisaient avant lui, mais tout le monde se met à faire comme Booba après la sortie de ses projets. Les puristes peuvent toujours dire qu’il était meilleur avant (avant quoi au juste?), n’empêche que le MC gagne en influence au fil des années, au point que plus le temps passe, plus il est incontournable.

Quand on discute avec es amoureux de rap, beaucoup disent regretter l’époque de Lunatic, la meilleure période du rap français et la meilleure de Booba. Sauf que c’est faux : la plus belle œuvre de B2O vient juste après cette période.  »Temps Mort » sort en 2002, à une époque où les dissensions avec 45 Scientific vont commencer à se faire sentir. Pourtant, c’est bien chez le label mythique que  »Temps Mort » va sortir. Mais Geraldo, à l’origine de presque toutes les prods de Lunatic, ne va cette fois que très peu s’impliquer dans les instrus. L’univers musical est assuré par Fred Dudouet et Animalsons pour la grande majorité, et il va complètement traumatiser le rap français, mais moins que les punchlines de Booba, qui demeurent toujours inégalées presque 15 ans après.

Des prods incroyables

Il fallait déjà qu’on commence par s’arrêter sur les prods du projet. Tout le monde le sait, une instru c’est bien souvent 50% du travail de fait, et énormément de morceaux de rap sont devenus classiques grâce à leurs instrus. Pour l’album  »Temps Mort », c’est à peu près la même chose, et les lyrics de Booba sont indissociables des instrus produites par Animalsons ou Fred Dudouet (aka Fred le Magicien).

Dès les premières notes du premier morceau, on comprend que l’ambiance du projet va être différente. Plus violent, plus sombre que tout ce qui avait été produit jusqu’ici,  »Temps Mort » nous fait manger de l’ambiance ghetto triste jusqu’à l’overdose, et on en redemande.

Plusieurs samples sont d’ailleurs devenus mythiques, comme la boucle de  »Le Bitume avec une Plume », ou celle de  »Repose en Paix ». La seule instru produite est celle du morceau  »Indépendants », et on comprend pourquoi : après le succès de Lunatic, le producteur a réussi à prouver qu’on pouvait atteindre les sommets sans l’aide des majors, et c’est une manière de revendiquer son mode de travail, sans l’aide de personne d’autre.

Car  »Temps Mort » est bel et bien un projet indépendant, qui s’est même construit en opposition aux codes de l’industrie. Au point que Laurent Bouneau, directeur des programmes de Skyrock, décide de leur fermer les portes du Planète Rap. Pire, il leur propose une émission sans Booba, qualifiant son rap de  »rap de village ». Mais se comporter comme un parfait abruti inculte a renforcé la conviction de Booba et 45 Scientific à ne pas employer les mêmes chemins que tout le monde pour percer. D’ailleurs, ils y sont largement parvenus, puisque  »Temps Mort » s’est vendu à 160 000 exemplaires l’année de sa sortie (réédition incluse). Au lieu de miser sur un rap poli, qui ne dérange pas trop l’industrie et dont les codes sont accessibles à tous, 45 Scientific, Animalsons et le rappeur vont opter pour quelque chose de brutal et sombre, dont Booba est le parfait représentant à l’époque.

Beaucoup trop de punchlines

Car c’est véritablement dans cet album que Booba a révélé tout l’envergure de son talent pour les métaphores, les images fortes et les phrases choquantes. En fait, il venait de réinventer la  »punchline », cette ligne qui se détache du reste du texte par son caractère plus violent et plus imagé, comme :  »J’ai vu l’passé kidnapper l’avenir, le présent sucer des bites, et tous mes négros sur un navire », ou comment parler de manière géniale de la remontée du racisme, et de sa crainte de voir l’histoire se répéter, dans le morceau  »Indépendant ».

En vérité, ce classique est tellement rempli de punchlines qu’il est impossible de tous les citer. Chacune est devenue légendaire et mériterait un petit article. Grâce à ces images, B2O réussit à nous inviter à regarder au cœur du quartier, à voir ce qui s’y passe de plus sombre :  »Approchez-vous et zoomez, vous sentez que c’est plus comme avant, depuis mes ventes et que le rap s’est fait goomé ». Un savant mélange d’egotrip, et de description très réaliste, dans le but de représenter pour le quartier, pour l’Afrique (  »Parce que nos terres sont pétroles et rubis » ) pour les siens.

Booba te préviens, tu risques de le voir dans le game pendant encore longtemps, et il est venu pour prendre jusqu’à la dernière piécette de ce que peut lui offrir cette musique. Et tu ne pourras rien y faire :  »Mon nom stické sur tous les murs du 16 aux halle,s négro t’es sourd ou quoi, on est al ».

L’egotrip n’est d’ailleurs pas là pour rien, car à travers ses texts, qui parlent de lui-même ne grande majorité, il nous décrit le quotidien d’un banlieusard de couleur de la banlieue proche, confronté aux flics, à l’envie de devenir le roi de Paris, à l’exclusion et aux trafics. Le tout en rendant sa vulgarité et sa noirceur très poétiques :  »Ma jeunesse a la couleur des trains, RER C, pendant le trajet j’rêvais de percer, fier d’en être un », rappe-t-il dans  »Ma définition ».

Bref, on ne peut pas parler de toutes les punchlines, ni de tous les morceaux : chaque piste est un classique, et jusqu’à aujourd’hui, les MCs à nous avoir livré un opus aussi complet et dense se comptent sur les doigts d’une main. S’il fallait faire un best of du projet, on le mettrait tout en entier. Mais il est vrai que certains morceaux comme  »Le Bitume avec une Plume »,  »Ma Définition »,  »Repose en Paix », et  »Strass & Paillettes » ont énormément influencé les générations suivantes de rappeur. Toutefois, si vous voulez un bon conseil, écoutez tous les titres, du début à la fin (enfin, ré-écoutez les, on se doute que c’est déjà fait).

 »Révolution dans l’élocution »

Booba est donc un pionnier du rap de rue hardcore, et il a réussi à ramener la rue même jusque dans son langage, sa manière de rapper. Plusieurs écrits ont été faits à ce sujet, mais il faut absolument revenir là dessus si on veut bien saisir toute la puissance de  »Temps Mort ». Booba et toute l’école Time Bomb ont révolutionné la manière de rapper. Alors qu’auparavant, chez MC Solaar, chez NTM, ou encore chez IAM, les rappeurs utilisaient parfis du vocabulaire très soutenu, et détachaient bien chaque syllabes, Booba a décidé d’envoyer valser tous ces codes, en ramenant le langage de la rue.

On a donc vu apparaître l’argot du quartier (les savonnettes pour désigner les plaquettes de shit, un exemple parmi tant d’autres), le verlan , les syllabes passées sous silence pour coller à la rythmique, en détruisant toutes les structures de phrases classiques. Tout ça pour un rendu hyper aggressif, très street :  »Voici l’crew qui péra, rimes, viols et cætera, tu connais, à des milliers d’bornes, tu nous verras ». La revendication d’appartenir au monde des gangsters violents est également assez nouvelle. Avant, l’illégal était perçu comme un moyen de s’en sortir, indispensable dans le quartiers, mais dont on aurait bien aimé se passer. Après  »Temps Mort », le stigmate est retourné : tous les politiciens nous traitent de délinquants, alors on va célébrer ce mode de vie, le pousser à l’extrême et l’assumer entièrement.

Ils nous prennent pour des décérébrés ? Pour des idiots ? On va leur montrer qu’on peut faire de la poésie avec notre langage de la rue :  »J’veux pas rapper avec les pinces, écrire mon nom sur l’banc, sous écrou longtemps, mes empreintes de doigt sur l’gland », pour exprimer la lassitude de la prison et le sentiment de tourner en rond que ressentent tous les taulards.

Bref, pour toutes ces raisons,  »Temps Mort » est une véritable Masterpiece du rap français, et figure évidemment parmi les meilleurs albums de son histoire. Alors oui, Booba n’était peut-être pas aussi  »racailleux » dans la vie qu’il le laissait entendre dans ses sons. Mais on sen tape. Son disque représente quelque chose de la vie de rue, il a saisi quelque chose d’authentique dans son 92 et a réussi à toucher tous les quartiers de France. Le tout en indépendant. Le succès a même été tellement gros qu’il a été ré-édité quelques mois après sa sortie, en y ajoutant notamment le morceau  »Destinée » avec Kayna Samet (vous savez, celui où la phase sur la Palestine a été supprimée sur Youtube…). Chapeau l’artiste.

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