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Rohff en dix sons

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On inaugure un nouveau rendez-vous pour les lecteurs de HHC, dans lequel on va essayer de dresser le portrait d’un artiste, d’un groupe ou pourquoi pas d’une ville, avec des titres de rap. Et le premier à passer sous notre loupe, c’est le grand Rohff, qui est une ds figures les plus marquantes de l’histoire du rap français.

Si on a choisi Rohff pour ce premier portrait, c’est déjà parce qu’il est au cœur de l’actu en ce moment. Grâce à la sortie prochaine de son album  »Surnaturel », mais aussi à cause du célèbre incident de la boutique Unküt dont le procès est en cours. Tout le monde a déjà commenté l’histoire, et on ne va donc pas en rajoute,r mais c’était l’occasion pour nous de dire que Rohff est un artiste exceptionnel, dont les démons et les blessures ont donné aussi bien des musiques incroyables que des actes regrettables.

Car Rohff fait partie de ces rares MCs à avoir traversé presque tous les âges du rap français, et il a également marqué son histoire. Son style, sans trop de compromis, avec un rap toujours hardcore, assez vulgaire, sombre et agressif, est à l’image de l’environnement dans lequel il a grandi : le 94, au Sud de Paris, avec ses grands ensembles, son multiculturalisme, et sa délinquance.

Ce côté rue, Rohff n’a jamais cherché à le cacher ou à le mettre plus en retrait. Ce côté voyou, dangereux, fait partie intégrante du rappeur. Mais c’est surtout sa sincérité qui a fait de Housni ce qu’il est aujourd’hui dans le cœur de ses fans : un rappeur vrai, authentique, et donc très proche d’eux. On va essayer de décrire tout ça avec 10 de ses sons.

 »Génération Sacrifiée », 1999

Les débuts en solos. Si ce titre est représentatif du MC, c’est déjà parce qu’il est un morceau fleuve, sans refrain, durant 8 minutes et donc complètement inadapté à un passage radio. C’est une des marques de fabrique du MC, ainsi que de quelques autres à l’époque : un son où on livre tout ce qu’on pense, pas forcément de manière ordonnée, mais en y mettant toute sa rage et son amertume. Et quand Rohff se livre, ça donne ça :  »si autant de jeunes se sacrifient c’est pas pour rien, y a aucun plaisir à se suicider si c’n’est pour assouvir notre faim », ou encore  »politicards de merde, des démagogues, Rohff refuse le dialogue, ils nous prennent pour des mongols, veulent qu’on consulte des psychologues, ils se foutent de notre gueule ». Rohff rappe pour les siens, ses cassos, ceux qu’on a orienté en BEP parce qu’ils étaient noirs ou arabes, et refuse de plier l’échine devant ce système qui l’opprime.

 »Sensation brave », 2001

Révolté, Rohff l’est toujours aujourd’hui. Mais pas au point de tout justifier, comme il le montre dans  »Sensation Brave ». Un morceau touchant et sincère, comme à son habitude, où le MC se pose en haut-parleur de la pauvreté.  »J’veux pas être le favori des dingues, ni celui des baltringues, que dieu m’en soit témoin, j’veux être celui des gens biens. » Alors oui, ça n’est pas Rohff qui rappe ces mots dans le refrain, mais ils lui collent terriblement bien : la foi a toujours fait partie de Rohff, et lui a permis de ne pas sombrer dans la folie et les gros trafics. On aussi la formule vulgaire à l’excès, les baltringues, qui pourrait passer pour homophobe, mais est surtout une manière de désigner ceux qui ne se battent pas. Et cette volonté d’être quelqu’un de bien, même si c’est un vœu, et que tout n’est pas toujours aussi facile…

 »Pour ceux », 2003, Mafia k’1 Fry

Cette volonté, de rapper d’abord pour les banlieusards qui se battent, elle atteint peut-être son apogée dans le morceau  »Pour ceux », le premier grand clip de l’histoire du rap français, et un des morceaux les plus marquants. Autant de rappeurs, du même endroit, dans un seul morceau au thème aussi porteur, ça ne pouvait qu’exploser. Sur une instru assez folle, Rohff pose un refrain qui restera dans la légende. Cet aspect énervé et vindicatif de la Mafia K’1 Fry, et de Rohff en particulier, va influencer toute la suite du rap hardcore français.

 »Qui est l’exemple », 2001

Une des chansons les plus raillées en son temps, à cause de son refrain chanté. Mais c’est un des morceaux les plus conscients du rap Fr, conscient d’une part de la perte progressive de valeurs dans notre société, où ce qui est bien ou mal est dicté par la télévision, où la pression sociale ou au travail est devenue tellement forte qu’on ne pense plus qu’à boire, fumer, danser, etc… Le revers de la médaille des 60’s. Et d’autre part, conscient de ses propres limites : dans le titre, on sent bien que Rohff ne s’érige pas du tout en exemple, ayant lui-même la haine en lui, et ayant fait pas mal de bêtises, mais il averti tout le monde de ne surtout pas prendre le même chemin que lui dans sa jeunesse. Et on peut dire que dans les deux cas, il a bien raison dans son constat, ce qui done au MC du 94 un côté clairvoyant que peu d’autres ont eu.

 »La Puissance », 2005

Un petit egotrip, pour montrer que le MC n’est pas que conscient. Très loin de là, il aime beaucoup écrire ce genre de morceaux. Mais même dans l’egotrip, le rappeur voit toujours aussi juste :  »Qu’on m’aime, qu’on me déteste, plus j’ai mal, plus j’progresse » : le MC s’est toujours nourri de ses détracteurs pour tenter de toujours revenir au top, et on le voit encore aujourd’hui alors que les trois quarts du net se sont rangés du côté de Booba lors de leur clash, Rohff persiste et continue à être de plus en plus agressif. Indestructible, comme Broly.

 »Ça fait zizir », Rohff et Intouchables, 2004

En banlieue on sait aussi rigoler, et c’est bien parfois de le rappeler, pour contrebalance rles médias qui n’en parlent que quand quelque chose brûle. Avec ses deux potos de la Mafia K’1 Fry, Rhoff nous livre alors une liste de ce qui le remplit de joie, un morceau dans lequel on ne peut que s’identifier. Quand il est apaisé,Rohff est finalement comme tout le monde.  »Ça fait plaisir quand on te desserre les menottes, donne un dessert à tes mômes quand ils ramènent des bonnes notes, quand ils sont bien orientés, ça fait zizir, quand Zizou nous fait un contrôle orienté ». On approuve.

 »Testament », 2008

On touche là au chef d’œuvre. Rarement une chanson n’aura parue plus  »vraie » que celle-ci, même rétrospectivement. Rohff nous parle ici directement de ses démons, les siens, pas ceux de ses frères ou de ses potes. Il tente de nus parler de ce qu’il y a dans sa tête, de comment lui se voit, comment il nous voit nous, commet il voit la vie, et c’est terriblement noir, déprimant et à la fois génial. Le morceau sort en même temps que le MC termine sa peine de prison, pour avoir menacé son frère avec une arme.  »J’suis né sans garanties, et quand on souffre au ralenti, vient l’idée de violer ses envies qui te conditionnent à dégainer face à toi-même, insulter la juge, et ta daronne n’est pas au bout de ces peines que tu purges ». Rohff a conscient d’avoir le sang très chaud, d’avoir accumulé tellement de rage que ça peut sortir à tous moments, se retournant contre lui-même. Mais il ne regrette rien, et reste fier de ce qu’il est. Sans concessions, on vous dit. Il retentera plus tard l’exercice dans  »Dounia », morceau très réussi lui aussi.

 »En Mode », 2005

L’egotrip est une des spécialités du MC du 94, et celui-ci est probablement celui qui a laissé le plus de traces dans le rap français. Déja grâce à cette expression que tout le monde a repris par la suite (même si elle existait déjà avant qu’il n’en fasse un rap). Ce flow mitraillette, cette attitude, sont des ingrédients inévitables de la panoplie de Rohff. Peu de MCs auront autant de reconnaissance partout en France que Rohff à cette époque là, et on comprend pourquoi avec ce titre, un bon banger à l’ancienne.

 »Starfuckeuze », 2005

On ne peut pas passer sous silence ces petits bijoux de Rohff qui parlent des femmes, enfin, plutôt d’un genre bien précis de femmes, celles qui ne fréquentent que des garçons très riches pouvant leur offrir des tonnes de cadeaux, celles qui sont prêtes à tout pour décrocher le millionnaire footballeur ou rappeur. Ce morceau est assez innovant à l’époque, même si le concept a été bien trop usé aujourd’hui. Housni avait également sorti  »Zlatana » sur le même thème, morceau lui aussi plutôt réussi. La preuve que le MC a aussi un très gros sens de l’humour, il ne faut pas l’oublier.

 »Suge Knight », 2015

On ne pourrait pas parler de Rohff sans un peu parler de ses influences. Toute l’imagerie gangsta rap véhiculée notamment par le label Death Row en fait partie, comme pour presque tous les rappeurs finalement. Sauf que pour Rohff, on a l’impression qu’il le vit un peu plus que les autres. Peut-être à cause de son impulsivité, de son agressivité, de la vidéo de la pelle, du clash avec Jean Gab’1 ou autre. Mais toujours est-il que rarement un MC français n’aura autant apporté ce côté voyou. Cette chanson, faite en référence à Suge, qui venait de tuer quelqu’un en lui roulant dessus avec sa voiture, est encore une manière de montrer que Rohff assume pleinement sa  »cassosserie » et son caractère imprévisible. Mais que c’est grâce à ça que tout le monde le connaît. A-t-il raison de continuer à entretenir cette ambivalence ? Au vu de sa carrière, on ne peut en tout cas pas lui donner tord…

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