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Est-ce qu’on en fait trop sur Kendrick Lamar ?

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Alors oui, le titre est un peu provocateur. Mais on a rencontré quand même pas mal de monde, parlé de musique avec beaucoup de gens, et on n’est visiblement loin d’être les seuls à le penser, et il fallait qu’on vous en fasse part. On pense à la rédac que Kendrick Lamar est un peu surcoté. Ou plutôt, qu’il n’a pas exploité tout son talent, car on ne peut pas le nier, le kid de Compton en a énormément, du talent.

Mais, alors que dans ses textes il se prenait déjà pour l’héritier de Tupac en 2012, on se demande où sont passées toutes ces promesses, trois albums studio plus tard. Oui, il a marqué les États-Unis, avec des textes engagés repris par des milliers de personne, oui, il figure parmi les trois rappeurs les plus influents au monde. Mais côté musical, on reste un peu sur notre fin, et on va tenter de vous expliquer pourquoi.

Black Hippy et les débuts de rêve

Ici, on ne va pas faire les puristes de la première heure à dire qu’on écoute Kendrick depuis  »Section 80 » et  »ADHD’‘. Nos premières rencontres musicales avec le rappeur, c’est quand  »Swimming Pools », deuxième single de l’album, a commencé à tourner un peu partout, juste après  »The Recipe ». Deux morceaux qui sont absolument incroyables. Le premier, car tout est révolutionnaire sur ce son : le flow de Kendrick, l’autotune orienté vers le grave (comme ASAP Rocky qui arrive d’ailleurs à la même époque), l’instru inclassable (pas trap, pas G Funk, ni dirty, etc) et les thèmes abordés. La dépendance à l’alcool notamment, avait rarement été aussi bien traitée que sur  »Swimming Pools ». Pour  »The Recipe », le morceau annonce l’ouragan Kendrick car on comprend à ce moment là que le gars est validé par Dre. Or, tout ce qui est validé par Dre devient de l’or, de manière quasi systématique. Ce clip avec les paroles de la chansons est également très rafraîchissant.

Tout va donc pour le mieux donc : de la nouveauté, de l’originalité dans les flows, dans les thèmes, dans la manière de faire de la poésie, Kendrick était donc vu à juste titre comme l’héritier direct des plus grands rappeurs. Loin de la tendance majeure de la trap (même s’il en fait très bien), et du rap américain qui est devenu de plus en plus léger depuis le déferlement des Chamillionnaire, Lil Wayne & Co, Kendrick proposait un œil très neuf dans le rap, une manière de raconter le ghetto quasi photographique et touchante.

Son deuxième album,  »Good Kid, Maad City », (son premier à avoir franchi les portes des USA pour s’exporter mondialement), a été celui qui a confirmé toutes les attentes placées en lui. Des titres inégaux, certes,mais surtout de véritables bijoux quasi classiques : le titre  »Money Trees » avec Jay Rock est un des plus beaux textes du rap US. Car Kendrick n’arrive pas seul : il est membre d’un groupe, les Black Hippy, aux côtés de Jay Rock donc, d’Ab-Soul et de Schoolboy Q. Tous les membres sont un peu dans le même mood que Kendrick au départ : de la bonne humeur, de la weed, des textes bien écrits, mais parfois très durs et très sombres, ce à quoi ressemble cet album de Kendrick. C’est après que les choses se gâtent.

Trop intelligent, le rap de Kendrick ?

Si  »Good Kid Mad City » est une réussite incontestable, le troisième projet,  »To Pimp a Butterfly », est lui assez étrange. Il s’est vendu à beaucoup plus d’exemplaires que son prédécesseur, et des titres comme  »Alright » auront été repris par tous les manifestants du mouvement Black Live Matter. Il a confirmé la place de Kendrick parmi les têtes d’affiche du rap game. Pourtant, les amateurs de rap un peu hardcore ont eu du mal à écouter l’album. Pourquoi ? Peut-être la faute à des textes trop engagés, trop moralisateurs : les thèmes choisis par Kendrick sont très souvent liés aux problèmes de sa communauté, mai l’effet pervers, c’est qu’on peut avoir l’impression que son rap tourne un peu en rond.

Alors oui, il y a l’excellent single  »King Kunta » pour satisfaire les amateurs d’ambiance un peu plus hood, mais c’est assez léger pour tout l’album. Et il faut dire que le choix de ses prods, beaucoup plus jazzys par moment, n’aide pas forcément. 50 Cent a récemment fait le reproche à Jay-Z, lors de la sortie de  »4:44 », que son album était trop intelligent, trop spirituel, trop doux, et qu’il était fait pour être écouté avec un pull noué sur les épaules lors d’un parcours de golf. On aurait également pu adresser ce reproche à Kendrick.

Son quatrième album,  »DAMN », sorti cette année, a un petit peu rectifié le tir. Les ambiances sont un peu plus énervées, même si les thématiques sont toujours les mêmes. Pour revenir sur les prods, elles sont plus street, mais toujours spéciales, il ne semble rien vouloir faire comme la tendance l’indique, ce qui peut être une force si on propose quelque chose de vraiment révolutionnaire. Là, c’est pas mal, même vraiment bien, mais ça n’a rien d’incroyable.

Et c’est là le problème. Pour être la star du rap, il faut aujourd’hui y avoir apporté quelque chose de nouveau. Or, qu’a apporté K.Dot au game depuis qu’il est là ? A part un appel à l’humilité générale, quelques egotrips de qualité, un flow rapide, pas grand chose. S’il détonne dans le paysage rap, c’est parce qu’il est quasiment le seul sur son registre, celui d’un rap  »intelligent », conscient, porteur de message, pendant que les autres sont plus tournés vers la fête et les richesses. Est-ce que cela suffit à faire de lui un des rappeurs de tous les temps, voire l’héritier de Tupac, comme on le disait de lui à ses débuts ?

Pour nous, la réponse est non. Un très bon rappeur certes, mais une légende ? On va attendre un peu avant de se prononcer. Depuis son deuxième album, les médias l’ont catalogué rappeur  »spirituel »,  »intelligent », allant jusqu’à lui attribuer le terme de poète, et Kendrick semble s’être un peu enfermé dans ce personnage, oubliant parfois l’aspect musical, capital dans le rap, pour se concentrer plus sur les messages qu’il envoie. Ses clips sont maintenant très loin de l’ambiance ghetto de  »Say Wassup », avec ses acolytes du Black Hippy.

Meilleur en feat qu’en solo ?

D’ailleurs, en règle générale, on peut même se demander si Kendrick n’est pas meilleur lorsqu’il n’est pas seul face au micro. Bon, ok, on exagère, mais il y a une période pas si lointaine où il était le MC le plus demandé en feat, et où il arrivait à nous surprendre en rappant à chaque fois là où on ne l’attendit pas, alors qu’aujourd’hui il semble plus occupé à figer son univers artistique dans la direction qu’il souhaite, plutôt que de laisser son talent nous éblouir quelle que soit l’occasion.

Dans tous les featurings qu’il a fait, il y en a deux ou trois qui valent le détour, notamment son couplet sans respirer dans  »I’m on 2.0 », son texte rempli de rage dans  »Fragile », ou son début hallucinant sur le remix du titre  »U.O.E.N.O. ». On vous met au défi de trouver des meilleurs couplets de Kendrick que dans ces feats. Et quand un MC est presque meilleur en feat qu’en solo, son statut de légende du game s’en voit un peu ébranlé.

Tout ça pour dire que oui, Kendrick est un excellent rappeur, mais pas encore la légende qu’n nous vend à chaque fois qu’il sort un projet. Le hip hop est encore beaucoup plus grand que lui, même si ses textes ont trouvé une résonance quasi jamais atteinte, il lui manque encore ce petit quelque chose qui fera qu’il aura révolutionné le game à tout jamais, comme Tupac, Biggie, Dre ou Eminem avant lui.

Ceci dit, vu le talent du MC, on a entièrement confiance en lui pour nous faire mentir dans les prochaines années, et c’est tout le bien qu’on lui souhaite !

 

 

 

 

 

 

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