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Découvrez l’association Fu-Jo, qui fait danser les prisons et rapper les détenus

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Crée en 2008 par Mouloud Mansouri, l’association Fu-Jo a comme crédo d’organiser des concerts et autres interventions dans le milieu carcéral. Un objectif amplement atteint quand on sait qu’elle peut désormais revendiquer avoir dépassé les 400 interventions en prison et avoir attiré plus de 400 artistes de tout horizons à participer au projet.

Le directeur et créateur de l’association est lui même un ancien détenu. Condamné dans les années 90′ pour trafic de stupéfiants et corruption de fonctionnaire, il écope d’une peine de 17ans et en purge 10, de 1999 à 2008. Mais avant d’être un détenu, Mouloud était surtout un DJ et c’est ce qui le pousse pendant son incarcération à essayer d’obtenir des platines pour pouvoir organiser des évènements dans l’enceinte même de la prison. Lors de ses 8 premières années derrière les barreaux, les différents directeurs refusent tous d’accéder à ses requêtes, jusqu’au dernier auquel le DJ aura à faire, un directeur assez ouvert qui pour les 2 dernières années de sa peine lui accordera ce « privilège ».

C’est le début et déjà Mouloud monte un groupe avec des codétenus. De la prison où il est enfermé, il parvient même à faire venir des artistes et organise ses premiers concerts de rap. Comme il le dit lui même, en prison de telles interventions sont un moment de liberté bien venu. Enfermés, les prisonniers tentent de s’occuper pour rester sain d’esprit, comme par exemple avec la lecture, l’écriture, et le sport. La musique au même titre que le reste est importante et permet de, comme le souhaite l’instigateur du projet, pousser les murs.

Un pari gagné pour Fu-Jo

Le projet de Mouloud prend de l’ampleur à sa sortie de prison. En 2013, il parvient grâce aux « HIP HOP convict support » à organiser le tout premier festival au monde ayant lieu en prison, avec en première partie un groupe de 3 rappeurs eux même derrière les barreaux. Il s’agit de Malik, Mirak et Badri et tout cela a lieu à l’occasion de « Marseille Capitale Européenne de la Culture ». A noter que déjà à l’époque, les Psy 4 de la Rime, Kery James, Dj Cut Killer et DJ R-Ash sont montés sur scène aux côtés de la « Shtar Academy« , nom donné à leur groupe ( ici Shtar voulant dire prison). Sans oublier Médine, parrain du projet « Hip hop convict en prison« .

Suite au succès que rencontre le festival et l’investissement personnel des 3 détenus, Mouloud commence à rêver d’autre chose : de quelque chose d’encore plus fou. La « Shtar Academy » a comme objectif en 2014 d’enregistrer un album pendant le temps que les membres doivent encore purger. Tout au long de cette année décisive, ils défendent le projet jusqu’à son aboutissement, lorsque la maison de disque « Because Music » distribue leur album partout en France.

Un chemin semé d’embuches

L’aboutissement de ce projet est, évidemment, précédé de beaucoup de contraintes. Tout d’abord, à l’origine même de la « Shtar Academy » se pose la question du recrutement des futurs rappeurs. Mouloud organise pour se faire un grand casting qui attire presque 300 volontaires. Après avoir été clair sur le fait qu’être sélectionné ne donnerait droit à aucun privilège, ils ne sont plus que 30, et quelques séances d’écriture et de pratique vocale plus tard, il ne reste plus que les trois élus.

Écrire un album en prison représente avant tout beaucoup de contraintes. Il est demandé aux prisonniers de respecter des règles, il leur est par exemple interdit d’insulter des policiers ou des gardiens dans leurs lyrics. Sans oublier que ces derniers ont un droit de regard sur les textes et doivent les valider. Le groupe se heurte donc à la censure, et même si 18 morceaux sont approuvés, un portant sur les relations détenus/prostituées ne passe pas et ne sortira jamais. Poussés par leur devise « Notre album sortira avant nous« , coaché par beaucoup d’artistes et sous haute surveillance, ils réussissent une première dans l’histoire du rap en finissant leur album.

 

 

Leur titre le plus connu, qui fait presque 12 minutes, s’appelle « Les portes du pénitencier« . C’est le son éponyme de l’album proposé avec un clip entièrement tourné à la maison d’arrêt de Nanterre, crée en collaboration avec Nemir, Keny Arkana, Nekfeu, Nor, REDK, Tekila, Lino, Soprano, Bakar, Alonzo (Psy 4), Vincenzo (Psy 4), Sat (FF), Medine, Orelsan et Gringe. Que du beau monde pas vrai?

Et maintenant ?

L’association a remporté le soutien de différents services pénitentiaires, de collectivités, et surtout d’artistes de tout horizon. Les artistes Hip-Hop de la scène française se mobilisent pour la cause que défend l’association Fu-Jo. Afin de récolter des fonds, un grand concert de près de trois heures se déroule à Châteauvallon (près de Toulon), tous les ans et les bénéfices de ce concert sont entièrement reversés à l’association pour l’organisation d’évènements Hip-Hop en prison.

En 2018, Fu-jo et Hip-Hop Convict Support c’est plus de 30 dates dont « Les 10 ans » à Paris le 20 Février 2018 à la salle Pleyel avec Nekfeu, S-Crew, Dinos, Georgio, Cut Killer… Les revenus générés par ces concerts à l’extérieur permettent d’en organiser à « l’intérieur ». Mouloud poursuit son projet, poussé par sa volonté. Ce qu’il fait, c’est offrir un défouloir, et même si des fois il avoue songer à arrêter pour se tourner vers des projets plus perso, de voir les détenus heureux même le temps d’un après midi le pousse à continuer. Il cherche à montrer une autre image de ces personnes, les dédiaboliser, car si certains l’oublient parfois il sont toujours des êtres humains qu’il faut respecter et considérer comme tels.

A la maison d’arrêt de Nice le 9 novembre 2018, l’association a donc permis à Niska de se produire pour les détenus.Le directeur de la prison, Jean François Désire, confirme que de telles interventions sont essentielles pour permettre aux détenus le maintien avec la société civile. C’est une occupation qui fait du bien et il affirme vouloir mettre en place plus d’activités socio-culturelles. Ça passe par une programmation musicale, et une diversification de la programmation culturelle. Il rejoint donc la volonté de Mouloud qui compte encore multiplier les artistes et les styles musicaux que propose l’asso’.

A l’avenir, le directeur de l’association souhaite solliciter la participation d’Orelsan pour un éventuel concert, et rêve encore de voir un jour Booba se produire derrière les barreaux. En attendant, vêtus de leur t-shirt orange aux couleurs de Guantánamo, l’association continue sur sa lancée et c’est tant mieux.

 

Ici Malik, Mirak et Badri de la « Shtar Academy »

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