Alpha Wann, tout est dans le geste | Chronique UMLA

A l’aune du succès sans précédent du rap en France, Alpha Wann aurait pu simplifier sa musique pour son premier album « Une main lave l’autre ». Mais il a choisi de revenir à l’essence la plus pure du rap plutôt que de s’en éloigner, prouvant que rapper en 2018 n’est pas un anachronisme.

Le rappeur parisien, qui s’est fait connaître dès 2011 lors des rap contenders avec son crew de 1.9.9.5 était perçu comme un grand espoir du rap français, faisant déjà preuve d’un flow et d’une technicité à toute épreuve. Depuis, certaines graines de son entourage ont poussé pour devenir des stars identifiées, Nekfeu en tête.

Alpha Wann, qui avait réalisé son premier projet « En sous-marin » en binôme avec ce même Nekfeu il y a 7 ans, n’avait lui jamais franchi le palier de l’album, préférant mettre d’accord les amateurs de rap avec ses trois EP « Alph Lauren ». Logique qu’a l’annonce de son premier album, et qu’à la vue de la qualité des deux extraits clippés, le poil se frémissait chez les amateurs de rimes capillotractées.

« Le dernier rappeur qui rappe »

Quand certains veulent, et ce n’est pas un tort, se mettre au chant et expérimenter d’autres musicalités, Alpha densifie ses textes. Il assume être un rappeur, comme il le revendique dans Flamme Olympique  : « Je fais pas le rap qui se chante sous la douche ». Il se plaît dans sa case, tant il sait qu’elle est large. Pour l’habiller au mieux, il en a exploré tous les recoins, écouté toutes les improvisations de Ill, les storytelling de Biggie ou les phases de Booba. Comment pourrait-il en être autrement ?

 “Ma première ambition c’était de devenir un bête de rappeur

Pour d’autres, le rap était le moyen d’expression le plus évident, facile d’approche culturellement et matériellement. Pour Alpha, le rap est l’expression même. Les figures de styles et autres rimes croisées font partie de son processus de création et n’ont plus aucun secret pour lui. « Ma première ambition c’était de devenir un bête de rappeur, ça y est je l’ai fais » se targue-t-il dans sa récente interview pour Yard. Comme la dernière évolution de Cell dans Dragon Ball Z, Alpha Wann a atteint sa forme parfaite et peut maintenant exploiter son potentiel au maximum.

Egotrip, comparaisons, bribes de vécu et références se mêlent avec un certain équilibre au fil des 17 titres de l’album. Ce qui marque le plus restent cependant ses fulgurances : “Tu l’appelles mère patrie, je l’appelle damnation” pose -t-il dès les premières mesures de UMLA. Pour Alpha Wann, la primauté vient au bon mot, au geste : “Cette merde c’est comme la peinture, tout est dans le geste, dans le trait” (Dans “Starsky & Hutch”)

“Tu l’appelles mère patrie, je l’appelle damnation”

Si on aurait aimé qu’il se livre encore davantage, on arrive à desceller de plus en plus finement sa personnalité au fil des écoutes. Il s’autorise des excursions dans son passé, surtout dans « Pour Celles », un texte plein de recul et d’humour sur ces (més)aventures de jeunesse avec les filles.

« On préfère être libres et pauvres »

Alpha veut jouir de la seule chose qui semble vraiment l’épanouir : son rap. Pas question de le travestir, ce qui ne veut pas dire qu’il ne cherche pas à évoluer. Pour son premier album, Alpha Wann n’a pas assurer une promo ambitieuse, se prêtant au jeu de l’interview seulement pour un média, Yard. L’homme veut faire parler via sa musique et c’est tout à son honneur. C’est aussi un perfectionniste, peu à même de faire des concessions.

Alpha s’est fait une raison, il ne sera pas un artiste starifié, pas un Nekfeu, sans doute en a même-t-il peur, de la célébrité. Nekfeu qu’il a d’ailleurs retiré de UMLA car il trouvait que son couplet ne collait pas, alors que des anonymes aux yeux du grand public que sont Diabi, Og L’enf et Infinit’ tiennent une belle place dans le projet. Preuve, s’il en fallait encore une du sens de la famille du gamin du 14ème arrondissement de Paris : les prods sont également assurées par VM The Don et Hologram Lo’, ses producteurs de toujours.

Si Alpha Wann était un joueur de basket, il serait ce mec en short court, défenseur d’un rap disparu, mais toujours aussi fort – et pertinent – en 2018. Ce mec qui a travaillé de manière tellement acharnée à l’entraînement que le jour de match, seule sa virtuosité artistique se montre au monde.

Une main lave l’autre – Stream

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