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[Chronique] “No Name 2.0”, Joe Lucazz toujours au top

Joe Lucazz, voilà un nom bien mystérieux pour ceux qui suivent attentivement le rap français. Un mystère cultivé par le rappeur lui-même, qui se fait plutôt discret. C’est même plus que ça, Joe est un fantôme, un vrai, de ceux qui agissent dans l’ombre à l’abri des regards. Une description qui colle d’ailleurs très bien au personnage qu’il décrit dans ses chansons. Car il faut savoir que le rappeur parisien est présent dans le rap français depuis 20 ans déjà, mais qu’il est toujours resté un MC relativement confidentiel, bien qu’il ait collaboré avec les plus grands: Ill des X-Men, évidemment, Seth Gueko, Alkpote, et énormément d’autres.

Un large panel de feats dont aucun ne lui a  accordé la lumière qu’il mérite, en tant qu’un des artistes qui travaille le plus ses textes et son personnage. Un personnage d’ancien, mot qui lui convient le mieux : un ancien de la rue, qui y a tout vu, tout vécu, des choses les moins intenses jusqu’aux grosses affaires louches, ayant baroudé partout dans Paris tel un personnage de film d’Audiard, mais en beaucoup, beaucoup plus noir et plus street. Joe rappe comme un ancien donc, qui serait accoudé au bar et qui vous raconterait ses exploits. Et autant se le dire : il en a, des choses à raconter. Il le montre une nouvelle fois, dans son projet “No Name 2.0”, la suite de “No Name” sorti en 2015. Un projet où le rappeur montre une fois de plus qu’il est peut-être le meilleur storyteller du game français.

Joe Lucazz, toujours aussi nocturne et malin

C’est ainsi que Joe se présente à nous, comme un véritable amoureux du risque, un peu comme Le Rat Luciano. Quelqu’un qui a vu de près les grosses histoires, mais qui a une mentalité de joueur, et est donc sûr d’une chose : l’argent, quand on est joueur, ça va, et ça vient, pas besoin donc de trop en parler. Joe Lucazz préfère, plutôt que de parler vulgairement de fric, vous raconter comment l’argent met en mouvement tout Paris autour de lui. En nous parlant de ce qu’il connaît le mieux : la rue, vue comme une Cour des Miracles qu’il connaît par cœur, avec toujours un coup d’avance et qui peut l’emmener dans les coins les plus sombres comme les plus brillants de la capitale. Le morceau “Monsieur Lucazzi” est l’exemple parfait de cette ambiance.

Mais résumer Lucazz à un vulgaire compteur serait lui manquer de respect: c’est surtout un manieur de mots exceptionnel. Un peu à la manière d’un Ill en son temps, Joe n’est jamais dans l’explicite, dans la violence gratuite ou l’étalage simple de richesses : il est tout en métaphores, tout en images, et c’est ce qui fait que son rap est une perpétuelle découverte. D’autant plus qu’il renouvelle ses références, comme sur les excellents morceaux “Abou Diaby” ou “Proposition Joe” (les vrais savent). Un vrai sens de la “punchline douce”, qui ne te touche pas mais te cloue quand même sur place, le tout sur des mélodies follement jazzy, avec une arrogance tout en subtilités.

Joe Lucazz est un titi parisien, qu’on pourrait imaginer avec un béret, un vrai ancien, mais en plus filou, en plus gangster. Il éprouve un réel attachement envers les rues parisiennes qu’il a bien arpentées, un attachement qu’il n’hésite pas à clamer dans “Humeur Parisienne” ou “Paris” au début du projet. Un vrai débrouillard, jamais très loin des combines petites ou grosses. Joe est sur tous les fronts, mais c’est également un croyant, il agit d’ailleurs comme s’il était béni, n’hésitant pas à scander que “Dieu est mon boss, tu peux pas m’virer”, et conscient que cette vie est risquée, même si il se sait assez intelligent et déterminé pour s’en sortir.

Bref, un album d’une grande qualité, même si ça n’est pas étonnant de sa part, car il nous a toujours habitué à ça. Les invités sont plutôt bien choisis : on retrouve évidemment Cross sur “Marche avec nous 2”, mais aussi Express Bavon, Flynt, et Alpha Wann. Même si on n’est pas fans du feat avec ce dernier qu’on trouve un peu faible sur ce morceau, les autres font très bien le travail. Le seul reproche qu’on pourrait lui faire, s’il faut vraiment chercher la petite bête, c’est de ne pas avoir tenté de sortir de sa zone de confort, et de faire de la trap par exemple, juste pour le délire. Mais globalement, rien à reprocher à “No Name 2.0”, le missile de ce début d’année pour l’instant. Bien joué Mimile !

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