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[Classique] Il y a 23 ans, NTM décrivait “Paris sous les Bombes” !

Il n’y a pas qu’en 1998 qu’il s’est passé des choses en rap français. Même s’il est vrai que cette année est véritablement charnière dans notre Histoire musicale, le Rap de l’Hexagone avait déja plus de dix ans à ce moment là. Il s’est passé bien des choses avant (et après). D’ailleurs, de nombreux spécialistes du hip hop sont d’accord pour fixer les limites de ce légendaire “premier âge d’or” du rap français entre 1995 et 1999, et ça tombe bien : on voulait justement vous parler d’un véritable classique datant de 1995.

Ce classique, c’est un album du groupe qui est certainement le plus “emblématique” du rap FR : le Suprême NTM. Et le 28 mars 1995 (il y a pile 23 ans), le crew du 93 sortait “Paris sous les Bombes”, un de ses plus gros succès critique et commercial. Car le projet devient disque de platine en moins de deux ans (et sans streaming), et qu’il est assez vite reconnu comme une grande oeuvre musicale. Son succès éclipse presque les deux précédents opus du groupe et apporte sur NTM une vraie lumière médiatique, qui leur permettra notamment de partir faire une grande tournée en France, devenue légendaire depuis.

Il faut dire que le projet avait de quoi taper fort, avec plusieurs singles dont l’impact allait forcément être mémorable. “La Fièvre”, “Pass Pass le oinj”, “Qu’est-ce qu’on attend ?” ou même le featuring “Affirmative Action” avec Nas et AZ. Mais le projet n’est pas qu’un amas de singles ou de hits. Ca, c’est plus pour l’album d’après, “Suprême NTM”, où ils ont fait tuerie sur tuerie, mais sans forcément beaucoup de liens entre elles). Non, c’est encore un vrai album “à l’ancienne”, avec une vraie cohérence autant musicale que dans les textes. Plongée dans un classique bien compact.

Pour la culture

La formule est devenue un peu galvaudée dans le rap d’aujourd’hui, notamment depuis que les Migos ont expliqué les raisons qui les ont poussés à appeler leur album “Culture”. En gros, pour résumer, “we do it for the culture”. Un peu prétentieux, mais après tout c’est normal dans le rap. On pourrait également dire ça de “Paris Sous les Bombes”. Le groupe du 93 continue à étendre la culture hip hop comme un moyen d’émancipation pour les jeunes des quartiers de France, en construisant leur propre légende. Les titres “Tout n’est pas si facile”, “Nouvelle école”, et même “Paris Sous les Bombes”, par exemple, sont centrés uniquement sur la culture hip hop et sa propagation en France.

Et ce, sous toutes ses formes : “A l’époque, les héros s’appelaient Aktuel, Lucien, Dee Nasty, Te-Col et Meo”, faisant ainsi référence à des danseurs, à des rappeurs, à des DJs, et évidemment, des graffeurs. Car cet opus est forcément marquer par le graffiti, avec un tel nom, où les “bombes” sont évidemment celles de peinture (quoique, nous le verrons après) qui attaquent la capitale par tous les bouts. Plus qu’une attaque, une véritable vague de graffeurs est arrivée sur la France à la fin des années 80, et elle a mis du temps avant de se retirer (à cause des dispositifs anti-graff déployés par l’Etat). Une vague à laquelle ont pris part les deux lascars Kool Shen et Joey Starr.

Pourquoi revendiquer cette culture hip hop comme mode de vie, de manière si ostentatoire et si frontale ? Car NTM veut envoyer un appel à l’éveil aux jeunes qui ont vécu les mêmes choses qu’eux : des choses existent pour “esquiver la monotonie du quartier” comme ils le rappent dans “Paris sous les Bombes”. Ces choses, ça peut être des moyens d’expression comme le graff, le rap, la danse, tout ce qui pourra sortir votre esprit de la cité est le bienvenu. Et évidemment, ils y ajoutent une bonne dose d’egotrip, même si c’est toujours tout en retenue (encore une différence avec leur album suivant). Sur “Nouvelle Ecole”, par exemple, on peut prendre le morceau à la fois comme un truc de “célébration” où ils se satisfont du chemin parcouru (par eux, principalement), et un avertissement aux prochaines générations : ne dénaturez pas notre art, notre culture. On n’a pas fait tout ça pour rien, c’est trop important.

Et jusque dans la fabrication des instrumentales du projet, assurées en grande majorité par DJ Clyde et LG Experience (avec quelques participations de Lucien Papalu, et DJ Max, ainsi que quelques autres), le groupe va véhiculer un rap “cultivé”. Prenons “Paris sous les Bombes”, par exemple : entre les samples et les scratchs, on retrouve du Rakim, du Pete Rock, du Marvin Gaye, et les références des beatmakers sont presque toutes issues de titres de funk, de soul ou de rap. Soit, l’environnement culturel dans lequel s’est construit le hip hop, d’abord aux USA, puis ici en France. Des références multiples qui montrent que le hip hop est une culture inclusive, qui se nourrit de toutes les influences présentes dans les rues pour els retranscrire sur disque, ce qu’ont très bien fait NTM et leurs producteurs.

Irrévérencieux

Evidemment, à la lecture de notre premier point, on peut avoir l’impression que le ton du projet est sérieux, responsable, mais rassurez-vous : le groupe ne s’appelle pas “Nique Ta Mère” pour rien. Pour commencer, ils adorent balancer des tacles à la culture “établie”, dont le rock fait partie, en affirmant la supériorité de l’état d’esprit hip hop : “alors qui conteste et qui change de bord? A l’heure où les rock-stars évitent la mise à mort, grâce notamment à l’apport du sampler, dès lors le hip hop prend sa place et se relève encore”. Oui, le rap a apporté un souffle nouveau sur la manière de faire de la musique, ce ne sera plus jamais la même chose qu’avant son arrivée.

Insolents,ils le sont surtout envers le système, un peu plus qu’à leurs débuts d’ailleurs. Ils ont tendance à encore plus utiliser de moqueries et d’agressivité qu’auparavant (le morceau “Police”, sorti deux ans avant, mis à part), avec “Qu’est ce qu’on attend pour foutre le feu?” (la question est d’ailleurs toujours en suspend), ou même “Paris Sous les Bombes”. Le morceau est volontairement angoissant, avec ce refrain répété comme un mantra, sa prod un peu oppressante, et l’utilisation du mot “bombe” qui est faite aussi bien pour effrayer ceux qui ne sont pas dans le délire, que faire rire ceux qui savent de quoi NTM parle. Même les voix de Joye Starr et Kool Shen sont elles aussi plus agressives, les flows ont changé, le débit a légèrement ralenti. Une évolution stylistique nécessaire pour mettre mieux en valeur leurs textes.

Evidemment, le projet ne se prive pas de morceaux conscients, engagés: “Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu”, “Plus jamais ça”, “Qui paiera les dégâts”, “Affirmative Action”, ou encore le génial “Est-ce la vie ou moi ?”. Mais globalement l’ambiance est tout de même plus légère que sur “J’appuie sur la gâchette”, notamment grâce aux hits “La Fièvre” et “Pass Pass le Oinj”. Deux morceaux bien insolents chacun à leur manière : l’un prône les vertus créatives du cannabis entre potes, et l’autre où Kool Shen profite du morceau pour en mettre quelques unes à la police et aussi à Elvis Presley, pendant que Joey baise à tours de bras. Bref, “Paris sous les bombes” est un véritable classique, sorti pile au bon moment, un peu comme si c’était d’ailleurs le projet qui avait ouvert cet “Âge d’Or du rap français”. On le doit autant au travail des deux rappeurs en termes de flow et de textes, qu’au taff des beatmakers qui ont creusé dans leurs répertoires pour nous sortir de véritables pépites. Un album complet, abouti, assez homogène en termes de qualité et avec de gros hits. Et Joyeux anniversaire !

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