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 »Pucc Fiction », plus qu’un morceau, un film

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Le story-telling fait partie des manières de faire du rap les plus appréciées. Il faut dire que l’exercice est un peu plus compliqué que l’egotrip, un peu plus  »simple » par exemple. Le but est de raconter une histoire dans son morceau. Parfois, l’histoire est racontée avec un but politique, ou un but  »engagé » : on peut mentionner  »Un cri court dans la nuit » d’IAM par exemple, où les MCs s’emparent du thème des violences nocturnes qui ont lie tous les jours dans la rue.

Le story-telling a acquis ses lettres de noblesse dès l’arrivée du rap en France, avec notamment NTM dans leur poignant  »J’appuie sur la Gâchette »,  »La Fièvre », ou encore le génial  »Est-ce la vie ou moi ? », morceau assez bluffant. Oxmo Puccino a 23 ans lorsque sort la compilation culte  »L.432 », en 1997, contenant le morceau  »Pucc Fiction ». Il rappe depuis longtemps, mais commence à se faire connaître depuis seulement deux ans, aux côtés de Pit Baccardi, formant le duo Black Mafia. Ils intègrent très vite le collectif Time Bomb, aux côtés de Lunatic et des X-Men (et de Hifi). Une école du rap technique, dans laquelle Oxmo va se démarquer par son charisme, sa voix, et s maturité à seulement 23 ans, endossant le personnage du mafioso à l’aise, qui se pavane dans Paris avec son Borsalino, accumulant les filles et les embrouilles.

Un personnage qu’il va faire connaître ai grand public grâce au morceau  »Pucc Fiction », justement, car quand le morceau sort, Oxmo n’a presque aucune apparition sur disque à on actif, et aucun album solo dans les bacs. Mais la manière dont il va incarner ce mafieux tête de réseau, obligé de se salir les mains après que quelqu’un ait parlé à la police, va immédiatement conquérir les oreilles de l’underground français.

Oxmo : premier gangster de l’histoire du rap français ?

Le gangsta rap, en France, est arrivé assez tardivement, un peu moins de dix ans après son apparition aux Etats-Unis. Certes, les textes faisaient souvent mentions de trafics, de business parallèles, mais ceux-ci étaient presque toujours vus comment un moyen de s’en sortir dans une société ou les banlieusards étaient donnés perdants. Oxmo, avec ce morceau, est peut-être le premier à se mettre en scène en tant que chef d’un réseau international de cocaïne. Le bandit calculateur, violent et imprévisible, dans le simple but de divertir l’auditeur: pas tellement de message caché derrière ce morceau, c’est juste une histoire racontée d’une main de maître par Oxmo, au point qu’on se croirait en train de voir le film.

D’ailleurs, le titre du morceau est une référence au film  »Pulp Fiction » de Tarantino sorti en 94. Le morceau a d’ailleurs un côté tarantinesque, notamment dans sa violence, dont les films de Tarantino sont presque tous remplis : des effusions de sang incroyables, un acte violent qui arrive soudainement, ce genre de choses, qu’on va retrouver dans le morceau d’Oxmo. L’histoire commence à l’aéroport de Bogota où le rappeur, épaulé de ses compères de Time Bomb, supervisent le départ d’une cargaison de cocaïne. Mais l’intermédiaire n’est pas net, il le sent,fini par le buter et cherche le traître dans ses rangs qui l’a balancé.

Il finit par trouver l’identité de la poucave, et s’en va lui régler son compte. Problème : il est protégé par des gars, et Oxmo doit alors se servir de toute sa ruse pour envoyer un leurre via l’ascenseur, prendre les escaliers, et fumer ceux qui l’attendent en haut. Finalement, il trouve le traître, le tue, et retourne chez lui pour finalement apprendre par la télé qu’il s’est trompé de coupable. C’est alors que débarque Booba, à qui on a proposé une certaine somme pour tuer Oxmo. Mais loyal, B2o vient prêter main forte à son collègue dans la merde.

Ils finissent par retrouver le vrai traître, le descendre après une lutte assez difficile, et fuir sous le son des sirènes de police. Un vrai film de gangster donc, que Oxmo nous raconte là, mais plus que le thème, c’est la manière dont il raconte cette histoire qui rend se titre si incontournable.

Bienvenue au cinéma

Car Oxmo a une manie lors de ses débuts : celle d’en dire toujours plus, de rallonger les phrases pour permettre de mieux imaginer, et c’est ça qui va d’ailleurs faire son succès. Il le fait également pour pouvoir caler plus de syllabes qui se ressemblent, et créer une vraie musicalité dans sa manière de chanter, et surtout donner à sa plume un côté très technique :  »Sa sueur coule comme s’il s’était douché, Tel tous les fous qui voulaient me doubler mes roubles », avec des  »ou », des  »bl » en pagaille. Ces allitérations et assonances sont présentes dans tout le morceau. Toute la fin du premier couplet est d’ailleurs construite de cette manière.

Et il ne le fait pas juste pour le style, mais pour rajouter des détails et imprimer tout ça plus facilement dans la tête de l’auditeur :  »J’fouine, j’fouille les rue, et tomber sur mon pote Steeve, il me demande qui je veux, se prive pas pour Poukave Bloopalooza, son petit neveu ». Le Steeve a la langue bien pendue, mais Oxmo préfère le dire d’une manière très complexe pour le plaisir de caler des allitérations, et donc garder l’attention de l’auditeur à son maximum, en rajoutant des détails.

Le deuxième couplet est certainement celui le plus  »cinématographique », parce qu’il fait référence à des scènes qu’on a tous vu dans des films de gangsters : celle du péage, lors d’une filature, et que les gangsters descendent les vitres pour vous fusiller, ou celle de l’ascenseur, lorsque vous montez retrouver celui que vous cherchez, mais que vous savez que vous êtes attendus à la sortie de l’ascenseur, avec toujours ce sens de la figure de style:  »L’ascenseur puait, j’avais choisit d’user mes Wallabees ».

L’aide de Booba sur le morceau n’est pas incroyable, même si elle a le mérite de faire apparaître un second personnage aux côtés d’un Oxmo qui commençait à sen sentir bien seul. Comme dans les films américains, c’est toujours lorsque vous êtes au plus bas qu’un gars fidèle vient vous prêter main forte. Oxmo continue son  »morceau-film », part retrouver le vrai traître en compagnie de Booba, avec toujours ce sens de l’amplification et de la rime :  »Le macaque, me sort son Magnum, ne blague pas, Me Nomme le mac mort, me braque et ne me manque pas ». Il finit finit par le tuer quand même, avec une belle effusion de sang bien tarantinesque, et fuir en compagnie de Booba.

 »Pucc Fiction » est donc une fiction avec un rythme de 100 à l’heure, une chanson de quelques minutes où il se passe finalement énormément de choses, et cette densité, c’est Oxmo qui la met, ainsi que l’instrumentale composée par le légendaire Dj Cut Killer, alors nouvelle star des DJ’s français. Un morceau qui a inspiré tout un tas de  »diseurs d’histoires » pendant des années dans le rap français, et qui a participé à importer l’univers gangsta en France. Voilà pourquoi il fallait absolument qu’on revienne dessus avec vous !

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