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Murda Muzik: dans l’univers cinématographique de Mobb Deep

image pochette DVD du film Murda Muzik
pochette du DVD du film Murda Muzik

Vous présenter les différents albums de Mobb Deep serait futile, évidemment. Vous tous avez déjà pu vous extasier sur le talent de Prodigy et Havoc, et même jusqu’à les écouter sur leurs divers projets solos. Concernant le duo, certains titres ou opus restent cultes et ne pourront assurément jamais être détrôné. On pensera évidemment à « The Infamous » ou encore « Hell on Earth », qui auront grandement participé à l’identité du rap East Coast des années 90. La popularité et le succès gagnés, Havoc et Prodigy ont pu continuer, confirmant encore leur talent, avec notamment leur quatrième opus: « Murda Muzic ». L’album du duo le mieux vendu aux Etats-Unis. Réel tournant dans la carrière du groupe, il est considéré par une grande majorité de fans comme le dernier classiques qu’ils aient signé. En sus, il marque le début d’une grande collaboration avec The Alchemist.

Mais pour autant, ce n’est pas de l’album dont nous allons vous parler aujourd’hui. Même titre pour un autre format, un autre média, « Murda Muzic » est également un film réalisé par Mobb Deep, fortement inspiré du vécu de ses deux artistes et nous plaçant dans l’univers si bien décrit au fil des chansons des deux MC’s. Un monde qui nous étaient familiers à force d’écoute, et qui prend enfin forme en images durant un peu plus de soixante minutes. Silence on tourne… Action !

L’univers de Mobb Deep dans un long métrage… 

Mobb Deep a toujours été connu et réputé pour ses textes coups de poing, sa noirceur, sa réalité brute et froide la vie. Une violence dans les propos reprochée à leurs débuts, qui pourtant finira par forger leur identité musicale. Une noirceur que l’on retrouve toutefois dès le début du film. Pas de censure, en témoigne cette scène de sexe très explicite en première image enchaînant avec la violence dans les gestes quelques minutes à peine après (qui a dit qu’on ne frappait pas les femmes ?). Une manière de rentrer directement dans le quotidien de « Fresh » avant même qu’il n’ai eu le temps de se présenter.

Fresh, le personnage principal du film (incarné par le rappeur Big Noyd), nous plonge dans le quotidien de la vie de quartier à Queensbridge, QB pour les intimes. Ne laissant rien au hasard, ne cherchant jamais à dissimuler quoique ce soit, on n’est pas épargné par l’illégalité des actions dépeintes. Tel Older J dealant au coin de la rue. Mais au-delà de ces figures de la rue, les « PIC » (Partners In Crime) du protagoniste comme il se plait à les appeler, on découvre une autre facette: la musique. Car Fresh est un rappeur, et il prend le mic en compagnie de son ami P.O.P. L’occasion de suivre la vie de ces artistes encore proches du hood, en étant même encore une partie intégrante de l’univers. Soirées, drogues, armes, le quotidien des deux jeunes nous est relaté et atteste de la véracité du vécu des MC’s de Queensbridge. Le sacro saint vécu propre à chaque rappeur, qui atteste d’une réelle légitimité dans le rap game, est ici pleinement illustré. La violence reste omniprésente, dans les propos comme dans les actes. Elle est subite, inattendue, en témoigne la scène de règlement de comptes qui vient soudainement dynamiser le rythme du film en reflétant la cruauté de la rue. Coups de feu et gerbes de sang giclent comme fusent les punchlines sur un album. Et chaque situation que l’on découvre semble être prétexte à un affrontement à mains nues ou armés dans le pire des cas.

…et celui du hip-hop

Au delà du scénario, on reste surtout marqué par le respect de la culture hip-hop, rarement aussi bien mis en scène. Et ce à tous les aspects. Si je parlais de la réalité d’un vécu difficile, on retrouve aussi tous le reste des thèmes du hip-hop. Thème des textes, bien sûr (argent, drogue, violence, sexe aussi). Ceux de Mobb Deep mais d’autres artistes aussi, Nas se permettant une apparition dans le film, s’illustrant comme la figure de proue du quartier. On retrouve aussi cet esprit hip-hop dans le style vestimentaire des protagonistes, nous renvoyant totalement dans les années 90. Vêtements extra large, petit zoom sur les Nikes en début de film notamment, démarche cassée, l’image gangsta que l’on connait tous s’illustre ici encore, renvoyant à ce que l’on a déjà pu apercevoir dans des films tels que « Menace II Society » ou encore « Boyz N Da Hood ». L’ensemble permet ainsi de conférer toute son essence visuelle au film. A tel point que par certains aspects, en s’extrayant du scénario, on peut avoir un aspect documentaire qui ressort de l’ensemble. Tout amateur de la culture du double H sera assurément satisfait du projet. Si la réalisation reste basique et trahit le manque de moyen pour ne pas répondre à celle d’un blockbuster (comme l’a fait un « Straight Outta Compton »), le côté amateur est quasiment une force ici, renforçant l’aspect brut (brutal aussi) et, de fait, la crédibilité. En outre, l’amateurisme au cinéma n’est pas un facteur empêchant la qualité (« Evil Dead » en reste un parfait exemple). On notera en revanche la bande son du film, parfaitement calibrée pour chaque scène, avec de sombres prods permettant de distiller une atmosphère de tension avant que les coups de feu viennent d’une certaine façon illustrer le beat que l’on attendait. La vie de rue, la vraie, celle du quartier de QB, ou chaque action pourrait bien être la dernière…

Un grand nombre d’histoires peuvent se croiser au sein de la ville de New-York, et il tenait à Prodigy et Havoc de raconter un peu de la leur, un peu de celle de beaucoup d’autres. raconter par cette voix off, celle de Big Noyd, dans une narration aux accents scorsesiens. Musique, cinéma… Le hip-hop doit beaucoup à Mobb Deep, qui auront contribué à lui façonner son identité mais aussi à la refléter. Une trace d’un vécu qui rythme chaque texte de rap, et qui se retrouve en image pour une fois. Si vous cherchez un énième classique, pour une fois il n’est pas sous forme d’album…

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