Interviews

À la rencontre de Skow, vainqueur du Buzz Booster 2019

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image SKOW par Florian Gallène 2

On vous présente Rahou Nassim aka SKOW, 25 ans, vainqueur du tremplin Buzz Booster 2019, le 18 mai dernier à Marseille. Originaire de Besançon, SKOW nous accorde une interview où il parle de son parcours, de ses projets et de sa vision du rap.

On a eu envie de faire cette interview avec toi à la suite de ta victoire au Buzz Booster qui a eu lieu à Marseille. Félicitations ! Pour commencer, on aimerait savoir comment s’est passé la compétition de ce Buzz Booster? Comment tu l’as vécue ?
Je l’ai vécu simplement. En vrai, je l’ai vécu comme un concert, comme un concert normal en fait. Même si on est jugé par des jury, c’est avant tout de la scène. On monte sur scène, on s’amuse, on rigole, on prend du plaisir tu vois. Donc, c’est pas plus de pression que ça.

D’accord, tu veux dire que tu y as été en mode détente ? Tu t’es dit on verra bien, moi je suis là pour kiffer ?
Ouais ! De ouf! De ouf, de ouf..

Tu n’as pas eu de pression ? L ‘envie d’être le finaliste ?
En fait, ça s’est passé par étape t’as vu. On a fait la finale régionale d’abord. On a gagné. Après, on est arrivé en nationale. Ça reste un concert, comme j’t’ai dit, même si y a des concurrents, on arrive tranquillement. Les gens, ils vont te noter, les gens, ils vont juger ta prestation mais, tu sais, toi, t’es dans ton concert, t’es dans ton truc. Si tu commences à te dire « putain, c’est un concours merde.. ». Si tu commences à te dire « faut pas que j’me trompe sur ci sur ça.. » Forcément, y a toujours une pression, un petit truc qui arrive juste avant que tu montes sur scène. Il y a toujours ce truc 10 minutes avant que tu montes sur scène en scred. Mais Oklm.

Pour ceux qui te connaissent pas encore, SKOW ça veut dire quoi ?
J’m’appelle Nassim. À la base, dans mon tièks, on était 3 Nassim. Comme y avait 3 Nassim tu vois, les gens, tu sais, ils nous appelaient Nas. On se retournait en même temps, c’était compliqué (rires) ! Un jour, y a un pote à moi, il m’a appelé Nasko. Au début, c’était ça mon blaze. J’ai commencé le rap, Nasko c’était mon premier blaze. Après, chez nous, on a un truc, genre ça parle en « feu » tu vois. Nasko, ca faisait Naskofo. Genre toi, c’est quoi ton blaze ?

Mon blaze ? Moi, j’m’appelle Dina
Dina avec la langue de « feu », ça fait Dinafa.

J’aime bien! J’aime bien Dinafa (rires) Sisi, j’ai capté, c’est la langue des tièks ça.
SKOW T’as capté! Donc, voila, c’est devenu Naskofo. Après, j’ai dit, en vrai, on va garder Sko et on va enlever le « na ».

Et t’as rajouté un W !
Ouais ! Il le fallait sinon ça faisait trop simple.

Nasko qui est devenu Naskofo pour finir Skow ! Tu peux te présenter, nous dire d’où tu viens ?
Je viens de Besançon, quartier Planoise, le tièks. Moi, j’suis de là-bas. J’ai grandi là-bas et puis j’ai déménagé à Perpignan. Après, j’fais toujours des allers-retours, j’ai encore un peu de famille, j’ai mes gars. Tu sais quand t’y passes 20 ans de ta vie, t’as tes attaches, t’as tes repères, t’es de là-bas au final. Ça bouge pas tu vois.

Comment t’en es venu à rapper ? Ou comment le rap est venu à toi?
SKOW En fait, c’est un pote à moi qui rappait. On était dans la même classe et il écrivait des textes. Vu que moi j’étais souvent à côté de lui, petit à petit, j’ai commencé à écrire mais, en vrai, sans capter que commençais à écrire. J’écrivais un peu avec lui et de fil en aiguille, t’écris, t’écris.

T’as commencé le rap par l’écriture ?
SKOW Au début, on écrivait des textes sur le racisme. C’était des grands thèmes (rires) ! Maintenant, j’en parle plus subtilement mais avant, on s’disait « viens on va parler du racisme ». Ça a commencé comme ça, avec ce genre de thèmes.

« Sotto, c’est lui qui fait toutes mes prods »

T’as besoin d’être dans quel mood pour être créatif dans ton écriture ?
Maintenant, j’écris qu’en studio en vrai. Avant, j’pouvais écrire chez moi, n’importe où mais, maintenant, j’préfère écrire en studio, dans l’atmosphère du studio. Y a le son, il est à fond, j’écris, j’me pose, j’suis bien. Avant, j’pouvais m’poser chez moi, j’écrivais mais j’ai arrêté ça. En fait, maintenant, j’travaille qu’avec un beatmaker : SOTTO, depuis un peu plus d’un an. C’est lui qui fait toutes mes prods, on fait tous mes sons ensemble. Du coup, j’écris tout en studio, quand j’suis avec lui.

Quand tu commences à rapper, t’as quel âge ?

Quand j’commence, j’ai 15 ans. Là, j’en ai 25.

HHC Quelles sont tes influences musicales à 15 ans ?
SKOW En vrai, quand j’ai 15 ans, j’écoute de tout. Mais les premiers qui m’ont marqué vraiment, c’est la Sexion d’Assaut gros. Lefa tout ça… ils m’ont choqué quand j’étais petit. C’était mes gars moi. Ils freestylaient…J’kiffais de ouf. Voila, j’ai commencé avec la Sexion mais j’écoutais plein de rap ! J’écoutais LIM quand j’étais petit, j’écoutais Alpha 5.20, Booba aussi. J’écoutais ces gens là tu vois. J’écoutais de tout. 50 Cent dans le rap cainri. Quand j’ai commencé à rapper, alors que j’écrivais déjà depuis quelques années en vrai, des grands à moi, ils m’ont tout fait écouter, genre ATK, Lunatic, la FF , Ménage à 3, Neg Marrons, etc… C’est les grands de mon quartier, avec qui j’trainais, qui me faisaient écouter ces sons là. Ils m’ont tout fait écouter. J’ai dû prendre 2 ans de ma vie où j’écoutais que des sons à l’ancienne.

Grosse formation, grosse école. T’as écouté les poids lourds du rap.
SKOW Ah ouais, ça m’a aidé de ouf tu vois. J’allais oublier Salif mais y en avais trop (rires) ! Ceux qui m’ont vraiment traumatisé, c’est Booba, à l’ancienne, Lunatic. « Mauvais Oeil », l’est l’album, qui m’a traumatisé. Et puis Salif, son premier album, laisse tomber…

Donc, c’est beaucoup de street rap. Tu penses quoi de l’industrie du rap actuel ? Ce qu’elle propose, comment elle s’organise ?
Déjà, par rapport à la notion de street rap, tu sais, ça veut plus dire grand chose aujourd’hui. T’as Lacrim qui fait du rap street, t’as Niro qui fait du rap street. T’as Ninho aussi qui fait du rap street pourtant c’est des gens qui vendent et qui ont un gros développement. Avant, genre en 2008/ 2009, c’était beaucoup ceux qui font du commercial. Mais maintenant, c’est plus comme ça. Un rappeur, il peut te faire un son caillera de ouf, après, il peut te faire un son zumba t’as vu. Même Jul. Moi, c’est pas une musique qui me parle spécialement mais Jul ça reste la street. Il bicrave de ouf et ça l’empêche pas de faire des sons sur des go. En fait, maintenant, tout le monde fait de tout.

Avant, ça c’était impossible Jul, dans les années 2000, ça aurait été impossible
Moi, jtrouve que c’est une bonne chose que ça se développe. Le rap a pris beaucoup plus de place qu’avant. J’trouve que ça s’passe bien pour le rap. C’est une musique de plus en plus reconnue. Les rappeurs, ils ont plus de visibilité qu’avant. J’trouve ça cool. C’est la musique la plus écoutée des français et c’est les rappeurs qui vendent le plus de cds.

T’écoutes qui en ce moment ?
J’suis matrixé par les cainri en ce moment. Depuis 2014, après ma période où j’ai tout écouté, j’me suis tourné vers les sons plus actuels. Les gars de Chicago, quand ils sont arrivés, les gars d’Atlanta, les Migos tout ça, j’me suis tué à eux. C’est à la vibe, quand ça me parle le plus.

« Tu vas écouter 10 rappeurs français, y’en à 7 qui vont avoir le même discours »

Le mood cainri, ça te parle plus en ce moment ?
Tu sais avant, les gens, ils disaient on a 10 ans de retard sur le rap cainri et plus le temps il passe, plus on comble le retard mais j’pense que c’est des conneries. J’pense qu’ils sont beaucoup plus loins, en avance, par rapport au rap français. Y a beaucoup d’écart. La musique qu’ils proposent en général les cainri, moi, j’préfère l’écouter plutôt que d’écouter des français tu vois. Même si j’comprends pas tout c’qu’ils disent, leur musique, elle me parle plus. Sans critiquer le rap français, parceque j’fais du rap français, mais les rappeurs français ils se ressemblent beaucoup. Genre, tu vas écouter 10 rappeurs, y a 7 rappeurs qui vont avoir le même discours. Ils vont parler des même choses, ils vont faire plus ou moins la même chose tu vois. Tandis qu’aux States, c’est moins uniforme. C’est peut-être une question d’ouverture d’esprit. La mentalité en France, tu connais, ça critique beaucoup.

C’est sûr, aux States, ils ont une mentale qui est beaucoup plus ouverte. Tu veux bien nous parler de ta série de freestyle « Fatality » ?
En fait la série, elle a commencé en 2016. J’avais sorti 5 épisodes de cette série et puis, t’as vu, moi des fois, j’suis un ouf ! Je les ai supprimés de Youtube. Sans me poser la question si y a des gens qui voulaient continuer à les écouter. Je les ai tous supprimés et j’suis passé à autre chose.

Pourquoi ?
Parcequ’en fait, j’kiffais plus les sons que j’avais fait. Pour moi, ça reflétait pas c’que j’voulais ramener. C’était moi mais c’était pas assez propre pour moi. C’était pas la couleur que j’voulais ramener. Depuis que j’ai sorti « Dans la plaque », le 1er clip après ça, en août 2018, maintenant, j’suis content de c’que j’sors. Après, j’suis toujours insatisfait, mais là, depuis ce son là, c’est cohérent t’as vu.

Être finaliste du Buzz Booster, qu’est-ce ça t’a apporté comme avantages ou visibilité ?
Ça m’a apporté de nouvelles dates déjà. Puisqu’on va faire une tournée Buzz Booster dans toute la France, dont Paris. Ça m’a apporté des contacts avec des pros qui sont dans le milieu. Après, c’est pas un truc qui t’apporte genre un buzz à un million de vues. De toute façon, moi je l’ai pas vu en mode « vazy j’gagne ça, j’vais percé, j’vais être connu d’un coup ». J’sais que c’est bien de le gagner mais c’est pas une finalité en soi. C’est pas un truc qui va changer ma vie. Y a R tu vois.

Biensûr, j’me doute bien que ça va pas changer ta vie. Mais tu sens que ça pousse un peu ton art non ?
SKOW Biensûr! C’est une force de ouf. Après, comme j’t’ai dit, tu te retrouves à parler avec des gens. En fait, tu fais avancer ton truc au final. Ça aide à te développer, ça aide à te professionnaliser, à mieux t’entourer tu vois.

Ça va aider certainement à la réalisation de ton 1er album ?
SKOW Là, j’vais pas encore sortir de projet solo. J’vais sortir un projet avec TAKÉ, c’est celui qui monte avec moi sur scène. C’est un rappeur de Perpignan. C’est un gros pote à moi, c’est mon fréro. Depuis que j’suis à Perpignan, je l’connais. On va sortir un projet ensemble toujours avec SOTTO qui va faire toutes les prods. On va faire ce projet à 3. Ça fait un moment qu’on rappe ensemble mais on a rien sorti ensemble encore tu vois. Mais on est pas un groupe. C’est SKOW et TAKÉ tu vois. On va le présenter comme ça. Ça fait longtemps qu’on avait envie de le faire, qu’on en parlait. Et puis on s’est dit que c’était le moment. Même les gens qu’on a rencontré sur Marseille, que ce soit les pros ou quoi, ils nous ont encouragés dans cette voie là. En fait, ça nous a juste conforté dans notre idée qu’il fallait qu’on le fasse, parceque nous, on allait le faire.

Ça sera un album ?
Non, ce sera pas un album. Ce sera un EP . C’est encore trop tôt pour l’album tu vois.

Ton album solo viendra après alors ?
SKOW Ouais… Après on verra c’qui s’passe hein. Tu sais, il peut s’passer plein de trucs.

« Si t’as rien à dire, ferme ta gueule »

Quels sont les thèmes que vous allez abordez TAKÉ et toi dans votre projet? Ce sera un EP à thèmes ? Ou plus tourné vers l’égotrip ?
SKOW Pas de l’égotrip pur, en mode on arrive, on dit qu’on est les meilleurs, on dit qu’on nique tout. Ce sera un melange des 2, égotrip et thèmes. C’est plus des ambiances qu’on va poser dans chaque son. Tu sais, j’estime qu’on est pas du genre à faire de l’égotrip sur tous nos sons. Nous, on aime bien raconter des trucs. On a quelque chose à dire. T’as rien à dire, rappe pas t’as vu. Enfin, j’sais pas moi… Ceux qui on rien à dire… Si t’as rien à dire, ferme ta gueule.

Comment tu vois ton evolution dans le rap? Ou est-ce qu’on en revient à cette mentale de vivre au jour le jour?
On s’prend pas la tête, nous, on fait nos trucs. En faisant nos trucs de la bonne manière, en les faisant sérieusement, en travaillant bien, j’pense que ca ira. Y a pas de secrets de toute façon, y a que le travail qui paie. J’pense faut travailler, faut juste faire sa musique, faut prendre du plaisir et les choses vont s’passer comme ça doit s’passer.

Moi j’entends que tu veux pas tout dire. Que tu fais attention à pas tout dire, que tu gardes les choses secrètes.
(Rires) Non, sans faire le mec, tu sais, moi j’réponds normal mais des fois, faut pas trop s’avancer. Ça sert à rien de trop parler.
Sisi, j’ai bien compris. Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?
SKOW La santé. Que j’rentre des sous (rires). La santé, c’est l’essentiel. Pour moi, mes proches. L ‘argent et après t’inquiète, le reste ça vient.

Est-ce que t’as un dernier mot à ajouter ?
J’ai rien à dire de spécial, juste soyez à l’affût les gens. On va commencer à envoyer des keutru. Soyez à l’affût parceque les choses vont s’passer comme jamais. On va pas trop parler mais on va essayer d’envoyer du contenu cette année. On va essayer d’être actif, SKOW, TAKÉ, SOTTO. On va tourner un peu partout. On va faire un maximum de dates. Nous, la scène, c’est un truc qu’on kiffe de ouf ! Défendre sa musique sur scène, c’est quelque chose d’important ! Le live, c’est la proximité pour transmettre tes émotions, tes vibes. C’est puissant la scène.

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