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Un livre sur Kendrick Lamar va sortir en 2020 : son auteur se livre sur la genèse du projet

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image kendrick lamar noir et blac

Nicolas Rogès se lance dans un nouveau projet qui devrait ravir les fans de hip-hop. L’écrivain, spécialisé dans le domaine musical et auteur du livre « Move On Up: la Soul en 100 disques », concocte un bouquin sur Kendrick Lamar et son label Top Dawg Entertainment. Si le titre n’a pas encore été révélé, le procédé créatif est déjà bien entamé, le livre devant voir le jour en 2020 aux éditions Le mot et le reste. Avec nous, Nicolas Rogès prend le temps de revenir sur la genèse du projet et sur les raisons de l’avènement de Kendrick Lamar parmi les artistes les plus influents de notre époque.

 Comment t’es venu l’idée et l’envie d’écrire un livre sur Kendrick Lamar et TDE ? 

Pour être honnête, cela faisait un moment que j’avais l’idée en tête, mais j’ai beaucoup hésité avant de me plonger dans ce projet : sa carrière est loin d’être terminée et je me disais qu’il fallait peut-être attendre encore un peu avant de me lancer sur un livre. Mais j’ai bien réfléchi et après discussion avec mon éditeur, Le Mot et Le Reste, il y a déjà tellement de choses à dire et à analyser que la matière est largement suffisante. Et puis, des mises à jour pourront être faites au fil des années. Je pense que Kendrick Lamar est l’un des artistes les plus influents des années 2000, tous genres confondus.

« Actuellement, peu d’artistes disent autant de choses sur le monde qui nous entoure que Kendrick Lamar et TDE. »

Ses albums sont des œuvres complexes, qui nécessitent beaucoup de travail d’analyse, de mise en perspective. C’est un travail passionnant, et depuis mes débuts dans le monde de l’écriture, mon objectif a toujours été de mettre en relation la musique avec l’Histoire avec un grand « H ». De comprendre dans quel contexte certaines œuvres ont été réalisées, car cela éclaire la musique que l’on écoute au quotidien et lui donne une deuxième dimension. Et actuellement, peu d’artistes disent autant de choses sur le monde qui nous entoure que Kendrick Lamar et TDE.

– Quelle source as-tu utilisé pour écrire ce livre et il y aura-t-il un angle particulier dans la narration ?

nicolas rogès image

Nicolas Rogès présentant son livre « Move On up : la soul en 100 disques ».

C’est très large : des écrits majeurs en français et anglais sur l’histoire du rap et du gangsta rap, des vidéos, interviews que je réaliserai moi-même avec des membres de son équipe et de son entourage, des études universitaires, podcasts, témoignages d’auditeurs… Tout sera étudié et décortiqué.

Je voudrais parler, entre mille autres choses, de Compton, de la relation qu’entretient l’Amérique avec le racisme, de spiritualité, de ses premières Mixtapes, de l’Afrique du Sud, de Gordon Parks, de kung-fu, de Maya Angelou, de 2Pac, d’Ice Cube et du gansta rap, des Black Panthers, du mouvement Black Lives Matter,…  Au niveau de l’angle, j’aimerais éviter de faire une biographie linéaire et chronologique. Je voudrais dégager des grands thèmes, les mettre en relation, inclure des parties narratives, presque sous la forme d’un roman. Dans chacun de ses albums, Kendrick raconte une histoire, et je veux adopter le même procédé narratif, je trouve ça important. Ça rendra l’ensemble vivant et immersif.


– À quel point l’œuvre de K-dot pioche dans la musique soul mais aussi au Jazz ? As-tu vu une évolution au fil de sa carrière sur ses influences musicales ? 

C’est l’un des angles que j’aimerais aborder dans mon livre : si on analyse l’œuvre de Kendrick Lamar, on voit beaucoup de liens avec l’histoire de la musique noire américaine, et notamment du funk et de la Soul. Il ne s’en cache pas d’ailleurs, en interview, quand on lui parle de ses influences : il affirme que quand il était petit, ses parents passaient beaucoup de titres de Funk et de Soul, comme les Isley Brothers (il invitera Ronald Isley sur « i » d’ailleurs), Al Green, James Brown, George Clinton, les Temptations… Dans le clip de « The Heart Part. 1 », on voit plein de références aux légendes de ces genres. Avoir écrit « Move On Up » et écouter toutes les formes de musique noire américaine depuis de nombreuses années va me donner le recul nécessaire pour mettre en relation tout ça.

 

Pour le Jazz, la filiation est évidente avec l’œuvre de Kendrick, et ce dès « Rigamortis », mais elle trouve son apogée sur To Pimp A Butterfly. On pourrait tout à fait écrire un livre uniquement sur les relations entre cette musique et cet album je pense tellement il y a des choses à dire ! Kendrick a redonné du souffle au Jazz, et a donné de l’élan à la carrière de personnes comme Kamasi Washington, qui a sorti un album incroyable, « The Epic » juste après, qui a connu un joli succès. Par moments, on est carrément dans du free jazz, une musique qui, hélas, prenait un peu la poussière. Je reviendrai bien sûr en longueur là-dessus.

– L’œuvre de Kendrick Lamar est-elle indissociable de celle de son label TDE et vice-versa ?

C’est certain. On a tendance à oublier l’impact que TDE a pu avoir sur la carrière de Kendrick, alors que c’est au centre de tout. C’était d’ailleurs Jay Rock la vraie superstar du label à ses débuts, celui vers lequel tous les yeux se tournaient. Kendrick l’accompagnait de partout, et a appris les ficelles du métier à ses côtés. Les artistes de TDE ont une relation très forte entre eux, et chacune des sorties porte leur ADN propre mais aussi celui des autres artistes du label. Le boss, Top Dawg, un ancien hustler reconverti dans le business de la musique, est une figure presque paternelle pour Kendrick Lamar, il a sorti Jay Rock de la rue, a permis à Schoolboy Q et Ab-Soul de lancer leur carrière, a réussi à créer un label à l’identité bien affirmée. Mon livre parlera donc longuement de TDE et de leur manière de faire du business, qui s’inscrit souvent à contre-courant de ce qui se fait actuellement, où on est dans une logique de multiplication des projets et d’omniprésence médiatique. Eux misent plutôt sur le silence. TDE fait son truc dans son coin, comme Kendrick. Il a entrainé tout le monde dans son sillage et ne manque jamais une occasion de mettre en avant son label.

– Se rendre à Los Angeles pour comprendre son influence sur la communauté et tout simplement s’imprégner de son environnement, de son enfance jusqu’à aujourd’hui, est-ce une étape obligée ?

Pour moi, oui. Un voyage est déjà prévu là-bas : je veux faire un livre très visuel, tout comme l’œuvre de Kendrick Lamar, qui accorde beaucoup d’importance à l’image, au moins autant que la musique elle-même. C’est important pour moi de voir et de ressentir des choses, que je pourrai ensuite retranscrire.

« Je veux faire un livre très visuel, tout comme l’œuvre de Kendrick Lamar. »

– Comment a-t-il réussi à devenir un artiste mainstream, il y a-t-il eu un son ou un moment « game-changer » pour lui ?

Pour moi, au-delà du co-sign de Dr Dre et de son affiliation à Interscope, Kendrick Lamar a pris une autre dimension avec le succès de « Swimming Pools ». Ça a été un moment décisif pour lui. Avant, on était dans un succès relativement confidentiel. Avec ce titre, il change de catégorie. Et en plus de ça, c’est symbolique : c’est un titre qui est joué en boucle dans les boites de nuit, et qui dénonce vivement les ravages de l’alcool et cette culture de la boisson qui a rendu accro certains membres de sa famille et de son entourage. C’est une première preuve de l’habilité de Kendrick à sortir des titres qui marchent très bien commercialement parlant mais qui disent aussi des choses profondes. Ça sera un leitmotiv de sa carrière (Sur « Alright » par exemple, pour n’en citer qu’un).

Je ne suis pas sûr qu’il ait vraiment calculé quoi que ce soit, qu’il se soit dit « je vais faire ça car ça va lancer ma carrière et me faire sortir de l’ombre ». Le moment crucial est intervenu quand il a décidé d’abandonner le pseudonyme K.Dot pour s’appeler Kendrick Lamar et s’est dit  » je vais montrer au monde qui je suis, je vais raconter mon histoire et pour ça je vais utiliser mon vrai nom ». C’est donc plutôt un procédé psychologique qu’artistique pour moi, même si les deux sont liés. Il a dit plusieurs fois qu’il ne s’attendait pas à ce que ses histoires aient un tel impact sur son public.

 

– Son habileté pour provoquer avec finesse sans jamais dépasser les bornes est assez rare, je pense au son « Control » en 2013 notamment …

Pour le coup, je pense que si on prend l’exemple de « Control », l’objectif était justement de dépasser les bornes mais de le faire dans une logique saine, de compétition. Il l’avait aussi fait lors d’un freestyle sur l’instrumental de « Monster » d’ailleurs. C’est quelque chose qui a toujours existé dans le monde du rap, cet aspect « je veux être meilleur que toi et je vais te provoquer pour que tu répondes ». C’est le jeu et c’est une des choses qui rend cette musique si excitante, mais je ne dirais pas que c’est une composante essentielle dans la musique de Kendrick Lamar, même s’il n’a jamais caché son ambition, en affirmant que son objectif était toujours de travailler plus que les autres pour rester au sommet.

– A l’heure où la plupart des stars du rap US sont surtout dans une démarche d’entertainment, K-Dot ne fait-il pas figure d’ovni ?

C’est aussi ça qui rend Kendrick Lamar si intéressant à analyser. Quand il sort « Good Kid M.A.A.D City » par exemple, les albums-concepts sont passés de mode, c’est quelque chose qui appartient presque au passé. Et lui, pour l’album censé le révéler au grand public, il sort un projet complexe, hyper personnel, avec une histoire qui se dévoile au fil des titres, certaines chansons très longues (« Sing About Me ») qui tranchent avec les canons de l’époque. Il se met d’emblée à contre-courant. Pareil pour To Pimp A Butterfly, c’est loin d’être un album à fort potentiel commercial à la base, et il était conscient qu’il risquait de ne pas être compris ou accepté par le plus grand nombre. C’est un parti-pris risqué parce qu’à ce moment de sa carrière, il doit confirmer les attentes placées en lui.

« Il était conscient qu’il risquait de ne pas être compris ou accepté par le plus grand nombre. »

Je pense que c’est ce que les gens apprécient chez Kendrick Lamar, cette manière de dire : « je fais ce que je veux, quand je veux, avec qui je veux. C’est moi qui dicte la tendance, pas l’inverse ».  Toute la logique de TDE est construite là-dessus : c’est la musique qui compte, et ce que les artistes ont à dire, le reste est secondaire. La signature récente de Reason montre bien ça ; en interview, il a dit que son rendez-vous avec TDE et Top Dawg était le seul où ils avaient passé des heures à écouter de la musique et seulement quelques minutes à parler business, réseaux sociaux, influence, etc…C’était l’inverse avec d’autres labels selon lui, et ça symbolise aussi la carrière et la démarche de Kendrick et de son label.


– Peut-on considérer qu’il a déjà laissé son héritage dans le rap, et plus largement dans la culture américaine  ? 

Réponse dans le livre !

 

                                                                                                              Propos recueillis par Simon Virot

 

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