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Les rappeurs français masqués

Rappeurs masqués mars 2020
Copyright Viceland

Masqués, cagoulés, capuchés… En ces heures sombres, il est temps de dresser un état des lieux de nos rappeurs français qui préservent leur anonymat en attendant la fin de l’espèce.

Dans une période étrange où afficher son visage masqué ne choque plus, il fallait faire un point sur les rappeurs français masqués. On remarque une tendance accrue des rappeurs à vouloir préserver leur anonymat. Face à la violence des réseaux sociaux, l’intrusion de fans dans la vie privée, il n’y a pas énormément de solutions. Cacher son visage lors des clips, concerts, interviews paraît comme le meilleur moyen de rester inconnu dans des lieux publics.

Si les mœurs et le marketing privilégient le dévoilement de soi afin de construire une communauté forte, certains artistes préfèrent préserver le confort de l’anonymat. Cette stratégie est risquée pour le développement de l’artiste car cela pose des soucis d’identification. Comment s’attacher à un visage inconnu ?

D’un autre point de vue, cela permet de ne laisser que la musique parler et de ne pas se laisser parasiter par des facteurs extérieurs. Cette sélection ne sera forcément pas exhaustive mais englobera toutes les formes de dissimulation du visage : masque, cagoule et capuche.

Fuzati

« Lors d’une nuit orageuse, un homme arrive dans un hôtel, le visage masqué. Il semble avoir vécu un terrible traumatisme ». Dans la pochette de l’album Last Days, le désormais unique membre du Klub des Loosers décrit son alter-ego. En effet, il a toujours affirmé que Fuzati est toujours plus ou moins un personnage et que cette différenciation s’accentue avec le temps.

Depuis bientôt 20 ans, le versaillais a rappé sa mélancolie, ses pensées suicidaires et la loose de la classe moyenne avec toujours une touche d’humour noir. Il a sorti au début du mois un nouveau titre qui annonce la sortie de l’album Vanité, le 24 avril prochain.

Népal

Népal faisait partie de ses artistes dont l’ambition n’était que musicale. Pas de mise en scène ou de recherche d’esthétisation dans le fait d’être masqué, capuché. Le co-fondateur de la 75ème Session, ce pur produit parisien est décédé en fin d’année 2019.

Le rappeur, producteur aux références pointues se faisait discret, tout comme le style murmuré de sa voix. Pour honorer sa volonté, la 75ème Session a sorti son album posthume Adios Bahamas en janvier 2020. Qu’il repose en paix dans un ciel couleur lavande.

Kekra

Contrairement à Népal, Kekra est pleinement dans l’esthétisation à outrance de son masque. En témoigne ses tenues extrêmement travaillées et les pré-commandes de Freebase 4, fournies avec un masque… Capable de poser 7 flows sur le même morceau, Kekra est le symbole de cette « génération 2015 ». Toujours en recherche d’expérimentation, il a été un des seuls français avec Grems à avoir réussi à importer la grime anglaise (Vréel 3). Hashtag fréro mets les gants.

Siboy

Le label 92i tourne au ralenti depuis quelques temps mais Siboy en est désormais son incontestable représentant. Si la réussite commerciale n’est pas à la mesure de son succès critique, le rappeur cagoulé continue à hurler à gorge déployée sur fond de productions trap. On n’encourage que vivement le label à pousser un peu plus le marketing de ses projets, presque inexistant.

Conseil pour le confinement : écoutez beaucoup d’Alain Souchon, cagoulé avec des chaussons.

Kalash Criminel

Faire de sa cagoule une force, c’est le cas de Kalash Criminel. Albinos d’origine congolaise, il ne cesse de représenter fièrement son Congo natal. Autant en rappant en lingala qu’avec des punchlines destructrices sur le passé et le sort du pays. Depuis le 1er épisode de « Sauvagerie », il est difficile de ne pas crier « sauvage » ou « TATATA » dans chacun de ses morceaux.

Kalash Criminel, la version hardcore d’Aimé Césaire qui a prouvé qu’on est capable de faire un bon album en étant un rappeur moyen.

Empty7

Il n’est jamais trop tôt pour parler d’artistes en puissance, c’est le cas d’Empty7 qui vient tout juste de sortir son 1er projet. Le rappeur suisse d’une profondeur rare, nous livre un album en forme de boîte de Pandore dont l’ouverture nous place aux côtés de ses pires démons.

À influence variable PNL, notamment dans les échos et silences, il n’est pas surprenant qu’il ait collaboré avec MKSB. Producteur sur Le Monde Chico et Dans la Légende, il illustre parfaitement cette inspiration.
Empty7 fait partie de ces artistes qui voient leurs vrais visages quand ils sont cagoulés.

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