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“Voyoucratie”, nouvelle version de “La Haine” sauce 2018 ?

Oui on sait, on n’a pas trop l’habitude de vous offrir ce genre de contenu sur Hip Hop Corner. On préfère de loin vous parler de ce qu’on connaît le mieux, le Hip Hop et ses disciplines. Le film “Voyoucratie” n’a pas grand chose de Hip Hop a proprement parler, si ce n’est le décor, celui de la banlieue parisienne, berceau du rap français, et centre de l’attention politico-médiatique depuis plus de 40 ans maintenant.

Si les liens avec le rap ne sont pas immédiats, le film aborde plusieurs aspects souvent mentionnés par nos rappeurs français, comme la débrouille, les combines, les relations avec la police, la prison, les balances, les questionnements existentiels qui viennent lorsqu’on commence à avoir sa propre famille. Du coup, si “Voyoucratie” n’accorde pas autant de place au rap que ses ancêtres “La Haine” ou “Ma 6-t va Crack-er”, on a quand même eu envie de mater ça, ne serait-ce que pour savoir ce que valait ce film déjà récompensé plusieurs fois au festival du film de Manchester. Plongée dans “Voyoucratie”, réalisé et scénarisé par Fabrice Garçon et Kévin Ossona.

image voyoucratie affiche primée festival manchester

Synopsis

“Voyoucratie” raconte l’histoire de Sam, un jeune venant visiblement du 93 (Aubervilliers / Saint-Denis), qui sort tout juste de prison après avoir pris une peine assez sérieuse. Sans véritable perspective de réinsertion, Sam se retrouve à retomber dans la routine de quartier qui l’avait déjà emmené en prison une première fois : les petits trafics, et, très vite, des affaires plus grosses. Sauf que tout a changé depuis sa condamnation : il est désormais père d’un enfant, et également en conflit ouvert avec son ex-compagne, qui lui reproche de ne pas avoir eu de nouvelles pendant la détention.

On le retrouve tiraillé entre le besoin de faire de l’argent pour vivre et mettre à l’abri son fils, et le fait que ses activités illégales pourraient bien causer du tord à son garçon, ou même le renvoyer en prison loin de l’enfant. S’entame alors une sorte de numéro d’équilibriste entre ses potes, ses trafics, son fils, son ex, et la police qui n’est évidemment jamais très loin lorsqu’on commence à s’agiter un peu trop.

L’avis de Hip Hop Corner

On était un peu méfiants au début du film, qui commence sur une scène de braquage, et on avait un peu peur que “Voyoucratie” ne soit qu’un “film de banlieue” de plus, avec des rouages qu’on connaît déjà un peu trop. Mais finalement, l’oeuvre n’a rien à voir avec ses prédécesseurs. Il ne s’agit pas ici d’opposer les jeunes à la police ou de faire un film avec des revendications politiques palpables, on a affaire ici à une vraie fiction, une histoire, dont le scénario et les rebondissements sont assez inattendus. Objectif atteint à ce niveau donc.

Une fiction au réalisme toutefois très frappant, ce qui est dû, déjà, à la manière de filmer et réaliser. On a très peu d’effets spéciaux, se contentant de quelques fusillades nécessaires à un bon film de gangsters, et surtout, un décor qu’on connaît tous, celui de l’Île-de-France, mais pas la Tour Eiffel, évidemment. Plutôt les périphéries, avec leurs blocs et leurs grands ensembles. Le film a d’ailleurs été tourné principalement à Aubervilliers, ou à Saint-Denis, et dans quelques villes du 92, avec une brève incursion dans le XVIIIème. Les réalisateurs ont mis en scène de vraies scènes de la vie actuelle des quartiers : les packs d’eau, les gens qui regardent aux fenêtres, les parties de foot, les gars qui zonent le soir avec leur alcool et leur spliff. Les réalisateurs voulaient faire un film “viscéral”, et c’est réussi, car la manière qu’a la caméra de suivre Sam est très dynamique et très immersive.

Un scénario efficace (sans non plus être révolutionnaire, n’abusons pas), des décors authentiques, et une manière de filmer très bien choisie donc. Mais on n’a pas encore parler du jeu des acteurs. A ce niveau là, on ne peut que saluer la performance de Sam, enfin, de l’excellent Salim Kechiouche. A 39 ans, il réussit l’exploit d’en paraître 10 de moins (facilement) et d’incarner à merveille le loup solitaire, plutôt que le véritable gangster. Un gars qui suit ses propres codes, sa propre morale, avec sa propre vision de ce qu’il attend de la vie. Une vision complètement bouleversée lorsqu’il se retrouve à devoir assumer son rôle de père, en sortie de taule. Sa manière de parler, de s’énerver, rappelle des gens qu’on connait tous, et on imagine que c’est exactement ce que Salim voulait faire.

Abel Jafri (Abbas) et Hichem Yacoubi (Karim) sont également au top de leur forme, et certains seconds rôles comme Hedi Bouchenafa (qui joue Hedi dans le film) livrent également une très belle performance. On est un peu moins convaincus par la prestation d’Azedine Kasri (Rachid), qu’on trouve un peu surjoué, mais rien de vraiment préjudiciable à l’ensemble du film. Si on ne devait faire qu’un reproche, certaines morts soudaines auraient peut-être mérité un peu plus d’explications. Mais o ne vous en dit pas plus, à part que les 84 minutes du film sont vraiment passées très vite. Et ça, en général, c’est un très bon signe, non?

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