Chronique Rap US

Death Row Records: l’histoire d’un label poids lourd de l’industrie musicale

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image Tupac, Suge Knight et Snoop Dogg

De retour sur Hip-Hop Corner pour approfondir encore et toujours le monde du rap ! De biographies d’artistes d’hier aux rétrospectives sur quelques uns des événements les plus importants de cette musique, notre rubrique vous invite à faire le tour de tout ceci. Mais il reste encore plus d’un aspect que nous n’avons pu approfondir et qu’il serait bien fâcheux de laisser passer sous silence. Qu’à cela ne tienne, nous poursuivons dès aujourd’hui en nous intéressant à un nouvel aspect de l’industrie musicale: les labels. Prenez-place !

Le couloir menant au succès

Quand un artiste commence à percer, il est inévitablement repéré par une maison de disque. Ces dernières ont en effet toujours pour but de repérer et s’approprier les jeunes talents susceptibles de devenir la nouvelle image de la musique à venir. Ces labels sont donc à voir comme des sociétés éditrices qui lient leurs artistes par contrat et leurs permet (du moins sur le papier), d’assurer leur avenir dans l’industrie musicale. Genre encore assez jeune comparativement à d’autres, le rap s’est vu débarquer en faisant sa place comme il le pouvait. Et si à l’origine bien peu semblait intéresser, cela n’a pas empêcher les MC’s de faire leurs affaires dans leur coin en se chargent eux-même d’ériger leurs propres labels. Ce qui nous amène inévitablement à parler de l’un des plus marquants du milieu: Death Row Records, où l’immense entreprise qui fut un pari gagnant pour un certain Suge Knight.

image Suge Knight

Le puissant Suge Knight, patron de Death Row Records

Suge Knight. Un nom qui vous fait très certainement écho. Mais qui est-il réellement ? En dehors de l’image de l’entrepreneur véreux que l’on peut imaginer, il faut tout de même garder à l’esprit qu’il fut un élément absolument capital pour le rap US. Né à Compton, il bénéficie de l’entourage des rappeurs talentueux de l’époque issus eux aussi du même quartier. Tout d’abord d’avantage axé dans le milieu du sport (entamant même brièvement une carrière pro), il préférera finalement se tourner vers l’industrie musicale, qui semble assurer de bonnes promesses économiques. Agissant au nom de Mario « Chocolate » Johnson, il réclame des royalties auprès du rappeur Vanilla Ice pour le titre « Ice Ice Baby ». L’argent finalement obtenu est suffisante pour lui permettre de démarrer son business. C’est alors que l’on peut déjà constater l’esprit du bonhomme, qui ne semble guère s’émouvoir de la droiture d’esprit pour arriver à ses fins. Et la suite nous le prouvera d’avantage. Ceux ayant suivi le parcours de Eazy-E précédemment relaté sur Hip-Hop Corner s’en rappelle, Suge Knight a bien vite compris que les brouilles du groupe N.W.A pouvait être plus que bénéfique à ses affaires. Profitant du clash opposant Dre et Eric, il se rapproche du doc afin de lui proposer de monter ensemble un label, ce dernier se sentant à ce moment là plus que lésé financièrement (d’ailleurs principal sujet de son opposition avec Wright). Le partenariat est finalement établi et les deux s’attellent à la création du label dit du « couloir de la mort »: « Death Row Records ».

image logo label Death Row Records

Logo du label de Suge Knight: Death Row Records

Un bon label nécessite de bons albums…

Suge Knight et sa maitrise des affaires (peu importe ce qu’il faut faire pour diront certains) d’un côté, Dre et sa vision artistique sensationnelle de l’autre… L’affaire ne pouvait que rouler ! En tant que directeur artistique, Andre Young peut tout à fait gérer sa musique comme il l’entend. Et son projet est d’envergure. Convaincu que le gangsta rap est en plein ascension, en témoigne le succès des Niggas With Attitude, son album sera dans cette voie. Et c’est surtout sans compter un autre pion sur l’échiquier du rap game qui ne sera pas n’importe quel rappeur. Dre vient de rencontrer un certain Snoop Dogg, et il promet d’être le partenaire parfait pour ce qui va suivre. En 1992, le tout premier album solo de Dr.Dre paraît enfin. Intitulé « The Chronic », ce sera un véritable succès qui confortera Suge Knight dans son idée de pari gagnant et lui fera percevoir pas mal d’argent. De plus, l’apport d’un nouvel artiste en la personne du D-O-Double-G est non négligeable. Dans le même délire West Coast biatch, weed et vie de quartier, il est en totale adéquation avec Dre et participe au final à la quasi totalité de la tracklist de l’album (11 chansons sur 16). Snoop et le doc sont clairement les deux poids lourd qui ressortiront de l’épisode « The Chronic », même s’il est à noter que d’autres membres du Death Row sont présents (Kurupt, The D.O.C, Nate Dogg…). Le G-Funk est véritablement né avec ces artistes. De plus, on est en possession de classiques indétrônable du rap, tel que « Nutin’ But A G Thang » qui permettra à Snoop de se révéler pleinement.

image cover album The Chronic de Dr. Dre

pochette du premier album solo de Dr.Dre: « The Chronic »

En toute logique, le jeune rappeur de 21 ans à l’époque peut pleinement embrayer sur son propre album solo: « Doggystyle ». Il s’avère être un succès incroyable, explosant les charts et se classant à la première place du Billboard. La rue n’a jamais été aussi bien décrite et représentée, et l’artiste recevra tout le soutient de Death Row alors qu’il sera accusé de meurtre au cours de la promotion du CD.

image cover album Doggystyle de Snoop Dogg

pochette du premier album solo de Snoop Dogg: « Doggystyle »

 

…et de bons artistes

En l’espace de quelques projets et artistes de qualité, Suge Knight a vu son label exploser, en terme de rayonnement et, évidemment, de revenus. Death Row Records ne se limite pas à quelques albums, aussi bons soient-ils. En 1994, c’est le court métrage Murder Was The Case qui est réalisé. En référence à la chanson éponyme de Snoop Dogg (storytelling dans lequel le rappeur imagine sa mort puis sa résurrection en échange d’un pacte avec le diable), la compile’ réunit toute l’écurie et comble à nouveau toutes les attentes en terme de vente. Présentée comma la bande originale du film, c’est encore une fois l’occasion de mettre en avant de nouveaux artistes (Tha Dogg Pound par exemple).  D’autre part, la guerre fait rage à l’époque entre les côtes Est et Ouest, et le rap est plus que jamais d’actualité. Aussi, il est grand temps de faire passer un cap à l’industrie en continuant dans cette voix. Et qui dit rap californien dans les années 90 dit forcément… Tupac Amaru Shakur. Impossible de passer à côté de l’artiste qui ne fait que parler de lui et confirme son talent à chaque son. Invité dans les studios de Death Row par Suge, Pac’ rencontrera Dre et sa maîtrise du beat. La cohésion est immédiate et donnera naissance à l’un des morceaux phares du rap californien: « California Love ».

Par la suite on sait tout du parcours de Tupac, influençant grandement le rap californien et même au-delà. Enchaînant succès et démêlés avec la justice, il se verra même libéré au terme de ses 11 mois d’incarcération par… Suge Knight, qui paye lui-même la caution. En échange, il convie Pac’ sur son label, ne voulant évidemment pas passer à côté de son poulain. L’épisode « California Love » reste quand même finalement assez houleux. Car si le son fait figurer les deux artistes, il semblerait qu’en réalité, Dre se soit chargé de la majorité du travail. Tout juste si Tupac, de passage en studio, à lâché un couplet sur la prod. Alors que son classique « All Eyez On Me » est en préparation, Suge souhaite une version remixée de « California Love », mais entièrement créditée à Makaveli. N’ayant que peu de considération artiste autour de tout ça, le directeur du label voit surtout les retombées financières que tout ceci peut engendrer. Si effectivement 2Pac se verra propulser encore d’avantage au sommet avec un tel succès, Dr. Dre quant à lui apprécie plus que moyennement cette liberté prise par Suge Knight de s’approprier et d’exploiter son travail comme il le souhaite.

image cover album All Eyez On Me de Tupac

pochette de l’album classique de Tupac: « All Eyez On Me »

La mort d’un artiste…et celle d’un label ?

Quand on voit le statut iconique qu’on lui prête encore aujourd’hui, on imagine sans grande peine l’immense bénéfice d’avoir un artiste tel que Tupac dans son roster. Qui plus est, en 1996, Death Row est à son apogée. L’argent coule à flot, les rappeurs sont nombreux et talentueux… Que demander de plus ? Le bonheur est hélas bien instable et le 7 septembre survient la tragédie que l’on connaît tous: la fusillade au feu rouge qui coûte la vie à Tupac. 20 ans après, on est toujours bien incapable de trouver l’identité de l’assassin, alors même que toutes les théories imaginables ont pu être évoquées. Si en soit le décès de 2Pac n’est pas fatal au label, il marque toutefois les prémices de son déclin.

image Tupac sur civière

Car c’est effectivement au tour de Dr.Dre de quitter le navire, excéder par les méthodes sans limites de Suge Knight et crée son propre label: « Aftermath Entertainment ». Un sacré coup dur mine de rien, se priver du légendaire producteur n’étant pas chose aisée. Même si, il faut bien le reconnaître, il se montrait moins investi qu’auparavant. Pire encore, ce sera finalement Snoop Dogg qui le rejoindre quelques temps plus tard, après que son second album Tha Doggfather connaisse un succès moins retentissant que le précédent. Quant à Suge Knight, il se voit même victime d’une peine de prison de 9 ans, la faute à une infraction des conditions de sa liberté surveillée. Finalement, il ne purgera que 4 ans et sera libéré en 2001. Cependant, il lui faut impérativement s’organiser avant cette période à l’ombre. Il décide alors de sortir la compilation « Greatest Hits », avec pour ambition évidente de raviver la hype autour de la maison de disque. Toujours aussi peu scrupuleux, il n’hésite pas à récupérer des titres qui ne sont pas issu du Death Row, peu importe tant que ça fonctionne (« Keep Ya Head Up » notamment). De plus, il en profite pour placer deux diss tracks à l’encontre de Dre et Snoop.

image cover album Greatest Hits du label Death Row Records

pochette de l’album « Greatest Hits » du label Death Row Records

Afin également de redorer l’image de la société, Suge Knight décide de la production d’un second album dont les bénéfices des ventes seront reversés à une association caritative. C’est ainsi que, suivant la tradition américaine des albums de fin d’année, on se retrouve avec « Christmas On Death Row ». Cependant, le projet est loin d’être d’une excellente qualité et de atteste de la mort de la g-funk qui n’est plus d’actualité. D’ailleurs, à la suite avec l’année 1997, on ne compte plus d’album réellement majeur sorti sur le label de la chaise électrique. Qui plus est, la fin des années 90 voit l’éveil de nouveaux artistes, renouveau de la musique et attestant de la fin d’un cycle. On retiendra en 1998 l’album « Retaliation, Revenge And Get Back » de Daz Dillinger, dernier sursaut d’un courant musical qui se meurt de plus en plus. Par la suite, le rappeur lui aussi quittera le label pour fonder le sien.

La suite est au final une déchéance assez triste si l’on prend en compte le monstre que fut Death Row. Les albums de RnB s’enchaînent sans briller, tout comme les compilations. La guerre continue entre Suge et Snoop, le premier continuant de livrer au grand public des titres sans le consentement du second. Dre en pâtit aussi lorsque le directeur publie « Suge Knight Represents: Chronic 2000 » qui s’avère être l’album sur lequel il travaillait avant de finalement l’abandonner en quittant la maison de disque. Cependant viendra finalement « The Chronic 2001″, et Suge Knight perdra tout intérêt et crédibilité artistique. la fin d’une ère, et la fin d’un label qui aura néanmoins été incontournable et aura à coup sûr participer à l’histoire du rap californien. A trop vouloir  se cramponner à sa chaise, Suge Knight aura finalement grillé dessus…

image les artistes du label Death Row Records

Les différents artistes composant le label Death Row Records

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