AccueilRap français : Actualité, sorties d'albums et sons du momentQuand les X Men étaient "Jeunes, Coupables et Libres"...

Quand les X Men étaient « Jeunes, Coupables et Libres » !

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Un classique n’est pas forcément un disque qui a marqué son époque en vendant énormément et en étant largement diffusé auprès du public. Si évidemment le succès peut facilement transformé un bon disque en classique, toutes les gros succès ne sont pas des classiques, et l’inverse est vrai aussi. Certains disques de rap sont de classiques car ils semblent avoir saisi l’essence de leur époque, on encore, parce qu’ils ont tellement influencé les projets qui ont suivi, qu’ils sont incontournables. L’album « Jeunes, coupables et libres » des X-Men sorti en 1998, c’est un peu de tout ça en même temps.

Paradoxalement, les X-Men semblent avoir connu un succès d’estime a posteriori bien plus important qu’au moment de la sortie du projet. Aujourd’hui, tous les connaisseurs s’accordent à dire que c’est un excellent projet, et énormément de rappeurs comme Nekfeu et bien d’autres citent Ill, moitié des X-Men, comme une influence majeure pour leur propre musique. A l’époque seuls les initiés sont rentrés dans le délire du duo parisien formé par Ill et Cassidy, avec leurs 80 000 albums vendus, synonyme d’échec commercial en 1998 où les disques d’or sont tombés dans tous les sens sur l’industrie rap.

Une polémique avec les obligations artistiques fixées par Universal pour le projet, avec une direction artistique qui aura beaucoup déçu les deux rappeurs, de leur propre avis. Ce qui n’empêche pas le disque d’être hyper intéressant d’un point de vue textuel, mélodique, et en termes de rap pur. Car Ill est connu pour être un des plus fins rimeurs de l’histoire du rap français,ne serait-ce que pour ses phases sur « Retour aux Pyramides ». Derrière l’univers des gangsters parisiens un peu immatures se cache en véritable un code de survie pour les « jeunes entrepreneurs » des rues parisiennes. Une sorte de code de la rue avec des valeurs un peu fantasmées, et d’autres très réelles, qui créent un véritable OVNI dans ce rap français.

Jeunes entrepreneurs à la conquête du monde

« Jeunes, coupables et libres » est à proprement parler le véritable premier album des X-Men. S’ils étaient connus depuis 3 ou 4 an déjà, c’était surtout grâce à leurs nombreuses apparitions sur des compilations de légende (la bande originale de « Ma 6-t va crack-er » par exemple) ou en featuring, avec la Fonky Family, ou encore leurs nombreuse freestyles lors de l’émission Original Bombattak. Mais aussi parce qu’ils faisaient partie de l’aventure Timb Bomb. Un CV qui leur donne l’assurance nécessaire pour assurer le show avec pas mal d’egotrip, et ce, dès le début de l’album avec « Dieu a béni mon clan ». Des références au basket, à la débrouillardise, avec quelques leçons de « street commerce » nécessaires pour pouvoir prétendre rouler avec les X.

L’univers des X-Men est donc peuplé de références à plein de films ou d’histoires de gangsters, à la compétition (basket, et même tennis, les premiers à l’avoir fait), à la fumette également (comme sur le single « One, One, One – Rien pour l’héroïne »), au sexe (évidemment), bref, la vie de tous les jours d’un OG, ces entrepreneurs du ghetto qui sont dans toutes les combines. Parfois, on a l’impression d’être une petite caméra placée derrière la tête de Ill, l’observant pendant sa journée, le voyant déambuler en ville entre les flics, les meufs, les potes, les clients, les rivaux, les videurs de boîte de nuit, bref, un véritable Titi Parisien, comme sur le premier couplet de « Bla Bla Bla ».

Le tout, enrobé dans une bonne dose d’egotrip comme vous vous en apercevez assez vite. Forcément, les X-Men sont les plus rusés, les plus au courant, les plus vifs, les mieux entourés, les meilleurs amants, mais surtout les meilleurs rappeurs. Et ils adorent le répéter, de plein de manières différentes, toutes plus imaginatives les unes que les autres, au point qu’on finirait presque par les croire : « Casse la baraque », « Mon micro est trop chaud », chaque titre est rempli de rimes à tiroir maniées d’une main de maître par les deux rappeurs (et surtout Ill). Les deux rappeurs se décrivent eux-mêmes comme deux renois ambitieux de Paris avec des envies XXL, prêts à tout pour parvenir à s’en sortir, et ils en ont largement les moyens grâce à leur plume. Ils le savent, et en abusent, sous nos regards amusés et conquis.

Trop obscur, trop technique, trop clanique

Mais ce qui fait les forces de cet album peut également expliquer pourquoi il n’a pas été un si gros succès à l’époque. La force des X-Men, c’est leur langage où se côtoient des métaphores très imagées, très difficiles à saisir, et d’autres très directes. L’argot de rue se mêle à un vocabulaire hyper varié, même pour l’époque. On peut par exemple citer le chef d’oeuvre de cet album, « Oublie le come back », morceau sectaire par excellence, rempli de références assez obscures, comme le reste du projet parfois. C’est justement ces références faites pour les initiés aux codes de ce genre de rap qui en fait un classique du genre, et qui lui interdit du même coup un succès grand public.

Si on n’a pas les codes, l’album est une longue suite de textes presque freestyles avec des lignes qui passent parfois du coq à l’âne, alors que c’est juste l’esprit de Ill qui trouve des liens entre deux sujets de manière parfois prophétique. Un « prophète » (pas au sens religieux du terme) qui aurait donné les préceptes nécessaires pour être un vrai gars de la rue, respecté et honorable : fidélité au clan, intelligence, courage, respect de la parole, capable d’être froid et implacable, ou d’avoir beaucoup d’humour (extrêmement important). Car ils ont bien conscience d’évoluer dans un décor catastrophique rempli de mauvaises surprises en tous genres, et il faut donc être prêt et hyper vigilent pour survivre dans la rue : la loi du plus « apte » selon les préceptes de Mobb Deep, comme sur « Tu veux savoir ce qu’on a ».

Les prods de Geraldo sont généralement des instrus de puristes par excellence (sauf quelques rares exceptions), élaborées à base de seulement quelques notes, mêlant jazz, soul, blues, funk. Le projet est très peu mélodieux, plutôt stressant, et c’est voulu : on sent l’influence très East Coast underground du beatmaker, qui a quitté TIme Bomb pour rejoindre les X-Men chez Universal, et produire tout l’album. Des ambiances beaucoup moins accessibles à un public parfois mal initié aux codes du rap de rue. Les X-Men regardent le game autour d’eux, et ne voient que des feux gangsters, des anciens qui veulent squatter la place jusqu’à leur décès, et eux font du rap pour aider leurs frères à se sortir de la rue en adoptant la mentalité X-Men. La mentalité de ceux qui savent qu’ils sont meilleurs, et qui ne parlent que de choses réelles, avec Ill en sorte de griot des rues parisiennes, même si ça a parfois l’air de n’être que de l’egotrip.


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