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Fonky Family : retour sur une histoire sans fin

 

La formation : un concert en 1994

Au début des années 1990, le rap marseillais est encore embryonnaire à l’échelle nationale. Il y a bien la figure emblématique d’Iam qui plane sur la ville, mais on ne peut parler d’un mouvement global. Pourtant, les passionnés s’activent dans l’ombre, s’expriment à travers la danse, le graffiti et le rap. Ils bouffent du hip-hop du matin au soir, principalement au centre-ville, de Belsunce, à Cours Julien et au Panier.

C’est dans ce bouillonnement encore anarchique, où chacun représente un petit groupe qui en côtoie d’autres, que la Fonky Family va se former. Pone fait partie d’un collectif de graffeurs important, le 313, qui navigue entre Toulouse et Marseille. Il connait DJ Djel, Sat et l’autre gars de la ville rose, Don Choa. De l’autre côté, le groupe des Blacks & White Zulus, composé de Menzo et du Rat Luciano. Les deux gamins connaissent DJel, issu comme eux du quartier du Panier et rencontrent par la force des choses Pone.

En 1994, le centre culturel de Mirabeau organise un concert de Sens Unik, groupe de rap suisse renommé à l’époque. Djel, le Rat et Pone fréquentant régulièrement la structure, on leur propose de faire la première partie. Encore totalement amateurs, ils ramènent alors leurs potes avec qui ils ont l’habitude de rapper et décident ce jour-là de se nommer la Fonky Family. L’histoire peut commencer. Le rappeur Namor, activiste important du hip-hop marseillais est aussi de la partie, mais quittera vite la groupe, tout comme la chanteuse Karima.

Bad Boys de Marseille

Le groupe nouvellement constitué se trouve son style sans concession. Ils diffèrent d’Iam car moins conceptuels dans leur approche artistique : la FF rappe la rue, la vraie. Tous très jeunes, ils veulent croquer le monde avec tous les excès que cela engendre. Les femmes, l’alcool, les conneries, la fraternité, la trahison : ils content leur réalité, qui fait écho à celle de nombreux gamins de quartiers.

Une énergie qui tape dans l’oeil d’Akhenaton. En 1995, Chill prépare son album “Métèque et Mat” et les veut dessus. Il leur propose alors le thème “Bad Boys de Marseille”. Le morceau clippé permet au groupe d’exploser non seulement à Marseille mais aussi dans toute la France, alors que c’est tout simplement leur premier morceau enregistré.

Si dieu veut

La connexion avec Akhenaton va structurer le début de carrière de la Fonky Family puisqu’elle signe sur le label d’AKH nouvellement crée, Côté Obscur. Le Rat Luciano, Sat, Menzo, Don Choa, Pone et Dj Djel ont emmagasinés de nombreuses maquettes et ont déjà la structure de leur projet avant de l’avoir commencé. Disposant enfin d’un petit budget, le groupe s’attache les services de Mario Rodriguez, ingénieur du son réputé qui a notamment travaillé sur “Hell On Earth” de Mobb Deep et “Juicy” de Notorious BIG.

Dans un groupe nombreux, constitué de caractères bien trempés, Pone se montre très important : “Ça a vraiment été lui le réalisateur artistique. Vu que tout se passait chez lui, il a su canaliser toutes ces énergies et faire en sorte que ça ressemble à quelque chose dans l’album, que tout ce qu’on faisait ressemble à des chansons. Un peu comme un RZA dans le Wu-Tang” constatait Sat dans une interview accordée à l’abcdrduson.

 

Début 1998 “Si Dieu Veut” sort dans les bacs et se place vite en incontournable du rap français. Il tourne partout et devient disque d’or puis disque de platine. Pourtant, il ne correspond en rien aux codes de l’époque, avec nombre de sons sans refrains et un discours réaliste et brut propre à la FF. “L’album a été un virage, oui. C’était le rap de rue qui prenait le dessus. Toute une génération s’y est identifiée parce que ce dont on parlait, c’était leur vie ou celle de leurs frères.” ajoutait Sat.

Des morceaux comme “Sans rémission”, “Cherche pas à comprendre” ou encore “La furie et la foi” marquent durablement le public. Le Rat Luciano apporte sa sincérité, Don Choa son énergie insolente, Sat sa plume aiguisée et Menzo son vécu.

Perpétuer leur art de rue

Désormais tête d’affiche d’un rap hexagonal où les pôles Marseillais et Parisien prennent toute la place, les jeunes de la FF vivent maintenant de leur art. Toujours affamés et prolifiques dans l’écriture, notamment du côté de Sat et du Rat, ils enchaînent : le disque “Hors Série volume 1″ qui réunit des titres live et des inédits sort, tout comme le solo du Rat Luciano “Mode de vie…Béton style”.

Puis vient le temps du deuxième album “Art de Rue”, qui voit le jour en 2001. Un projet assez différent du précédent, beaucoup plus animal et vindicatif. Un véritable carton, critique et commercial. Il devient disque d’or en seulement huit jours. Les univers développés sont variés mais la verve des Mc’s reste inégalable. Penchant pour la vie nocturne dans “Tonight”, hymne au hip-hop dans l’éponyme “Art de Rue”, ambiance survoltée dans “Nique tout”. Il n’y a pas seulement deux singles forts mais 17 titres à la fois uniques et cohérents au sein de l’album. Le tout sublimé par les prods du Rat Luciano, plus présent à ce niveau avec 5 placements, et de l’inévitable Pone (Djel a juste produit “Esprit de clan”).

Dernier album et ambitions persos

Si l’énergie de groupe a ce quelque chose d’unique, il vient toujours le temps où les artistes ont des velléités d’évoluer en solo. Luciano a été le premier. Sat et Don Choa vont rapidement suivre, avec “Dans mon monde” en 2002 pour le premier et “Vapeurs Toxiques” pour le second. Dj Djel, toujours pour l’abcdrduson : “Dans les faits, on était encore super soudés. Mais dans les têtes, les envies, les points de pression, ça commençait à changer. Leurs démarches de carrière solo ne cachaient pas d’intentions de lâcher le groupe. Mais forcément, même en étant le groupe le plus soudé du monde, quand tu as envie de faire un projet hors du groupe, tu rencontres d’autres gens, tu te rapproches d’autres personnes, bref, tu quittes un peu le giron”. 

Des ambitions qui amènent à ce que le troisième et dernier album de la Fonky Family ne sorte que cinq ans plus tard, en 2006 : “Marginale Musique”. Si les rappeurs sont maintenant expérimentés et que certains morceaux sont à sauver du projet, on ne retrouve malheureusement pas l’innocence et la passion des débuts. Malgré tout, le succès commercial est présent, l’album se plaçant en tête des charts dès le premier jour. Mais quelque chose est cassé et l’ambiance sur la tournée ne fait que le confirmer. Après des mois de silence, plusieurs membres du groupe annoncent la séparation de la FF.

Une reformation en hommage à Pone

Même si les souvenirs d’une époque glorieuse sont impérissables, le temps finit toujours par éloigner les vieux amis. De leurs aveux, ils ne sont pas vus pendant 10 ans, chacun vit sa vie. Pourtant, la Fonky Family va vibrer et faire vibrer à nouveau, réunie autour de tristes circonstances. Pone apprend en 2015 qu’il est atteint de la maladie de Charcot, une maladie incurable qui entraîne la paralyse du corps. Chacun vient alors naturellement aux nouvelles, en soutien à leur ami indéfectible “on avait aussi besoin de se retrouver, de se faire du bien, de se serrer dans les bras.” posait Djel pour Télérama.

Naturellement, les liens se tissent à nouveau, comme avec des frères qu’ils n’ont jamais quittés. Très vite vient l’idée d’organiser un concert en soutien à Pone, chez eux à Marseille. Au printemps 2015, la FF revit le temps d’une soirée à l’Espace Julien, lieu bien connu de leurs débuts. Ils jouent leurs titres phares, dans une salle bondée et acquise à leur cause. Cloué au lit derrière son écran, Pone regarde la performance de ses amis en live, entouré d’une vingtaine de ses proches, dont ses deux filles.

 

Depuis, ils ont gardé contact et enchainé avec une reformation exceptionnelle le temps du festival Marsatac en 2017. Plus de 20 ans après leurs débuts, les fans ont été fidèles au rendez-vous et ont chanté à tue-tête les rimes du Rat Luciano, Menzo, Don Choa et Sat. “Finalement, si on est toujours là, c’est avant tout parce qu’on a un rapport de potes, et pas de musiciens.” résume Djel. Quelque soit l’avenir, la Fonky Family restera une des plus belles histoires sans fin du rap français.

 

 

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