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Beatmaker / DJ

Interview Sims : le découpeur de samples des réseaux sociaux

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Sims, aussi connu sous l’alias DJ Simsima, est actif dans le rap hexagonal depuis les années 1990. Le bonhomme originaire de Lille a ouvert pour de nombreuses légendes du rap américain et offert des mixs rap français d’une extrême qualité. Également DJ de la Scred Connexion, il a plus récemment trouvé un moyen de partager son amour du sample avec le plus grand nombre via des vidéos virales sur les réseaux sociaux.

Son parcours, ses influences, Twitter, DJ Premier, Nova… Voici notre interview fleuve (et bien sûr passionnante!) avec Sims. Et on vous conseille de lancer son mix « Samples rap français Vol.1 » ci-dessous pour vous mettre dans l’ambiance de l’interview.

Comment as-tu commencé en tant que DJ et avec quel machine ? 

Au début des années 90 en province, il y avait peu de moyen de savoir ce qu’était le matériel pour scratcher et mixer du rap. T’avais bien 2/3 magasins de sonos mais c’était axé Dj de mariage et de clubbing, Ils commençaient déjà à délaisser le vinyle pour des platines CD en rack, l’opposé de ce qui m’intéressait …Moi c’était l’interaction sur la musique, le contrôle du disque, le scratch d’abord et le mix et beatjuggling que j’allais découvrir ensuite. Par le biais d’un pote de pote je rachète d’occasion une Gemini scratch master PMX 12A et une Technics SL Q2, qui est une version bas de gamme de la classique Sl1200. La Q2 est une version de salon, elle a donc un bras automatique (quand tu arrives au bout du disque le bras se relève tout seul et va se ranger…pas très pratique).

Bref je commence là dessus et il va se passer plusieurs années avant que j’ai deux Sl1200. Je vais d’abord racheter une paire de ETP à courroie :  l’enfer du beatjuggling démarre… Pour ensuite avoir une Sl1200 et la deuxième quelques années plus tard. C’était le chemin de croix du DJ avant de pouvoir s’entrainer sur du vrai matériel !

Tu as fais les premières parties de plusieurs rappeurs américains – tu peux nous les lister et nous dire quel est ta date la plus mémorable ? 

Pas facile de se rappeler de tous mais le Triptyque (qui deviendra le social Club par la suite), l’Elysée Montmartre, le Nouveau Casino ainsi que le Zénith, ont été les endroits où j’ai rencontré beaucoup des mecs que j’avais en poster dans ma chambre plus jeune. Il y a eu Big Daddy Kane, Mobb Deep, Pete Rock, DJ Premier, Dogg Pound, Nas, Xzibit, Fat Joe, De La soul, Method Man Redman, RZA, Ice Cube, Jadakiss, Beatnuts, Jazzy Jeff, Evidence, Pusha T, Lords of the underground, School Boy Q, et j’en oublie plein.

« La validation des gars qui t’ont donné envie de faire ça, c’est quand même fort. »

Le seul truc frustrant quand tu joues avant DJ Premier c’est que la règle veut que tu ne puisses pas passer un seul de ses sons…Pas évident quand tu vois le CV du mec. Sinon j’avoue qu’avoir Jazzy Jeff ou Cut Killer qui hochent la tête à côté de toi alors que tu mixes avant eux c’est une sensation assez agréable. La validation des gars qui t’ont donné envie de faire ça, c’est quand même fort.

Tu as aussi beaucoup d’autres influences que le rap, quel sont les musiques qui t’inspirent le plus ? 

Bien sur la soul, le funk et le disco parce que ce sont des musiques qui ont été beaucoup samplées. Quand t’entends pour la première fois la boucle de « Footsteps in the dark » de The Isley Brothers, c’est obligé que tu aies un frisson en pensant à « It was a good Day » de Ice Cube ; quand t’entends la ligne de basse de « You are my starship » de Norman Connors qui a fait « Trife Life » de Mobb Deep. Ça ne peut que te donner envie d’approfondir le truc.

Pour la French touch et Daft Punk, j’ai vraiment pris du plaisir à faire machine arrière sur les prods et découvrir à quel point Mr. Oizo est barré, parce qu’en allant chercher le sample et en faisant la manipulation du producteur tu rentres un peu dans sa tête. C’est une enquête, un « Cold Case » (rires). Et après tu n’écoutes plus le morceau que tu connais depuis 10 ans de la même façon… J’écoute pas mal de musiques électroniques, de la Trap, de la techno, j’aime beaucoup Kink, il est ultra créatif, Kaytranada bien sur. En résumé, j’ai toujours les oreilles grandes ouvertes.

Est-ce que la culture du sample a été une porte d’entrée vers d’autres musiques ou tu as toujours eu cette curiosité ? 

J’ai grandi avec des parents qui écoutaient beaucoup de musique : Bob Marley, les Beatles, The Rollings Stones, La Motown, Santana, Bob Dylan, Neil Young Du coup je pense que j’ai toujours eu cette curiosité mais ça fait toujours écho quand tu retrouves dans des morceaux de rap des samples de ce que tu écoutais chez toi gamin.

En terme de sampling pur, quels sont les beatmakers français et américains que tu trouvent les plus impressionnants ? Ceux qui vont piocher les sons les plus obscurs, qui découpent la bonne boucle…

La question de l’enfer (rires). Chez les américains Madlib est beaucoup trop loin. Je ne me remettrai jamais de cette boucle de « Beat konducta India » utilisée ensuite par Mos Def et Slick Rick dans le morceau « Auditorium ». Il y aussi Alchemist pour ses boucles improbables et J Dilla. Mais en terme de manipulation, pour moi, c’est plus marrant quand c’est une grosse découpe de fou à la DJ Premer, Easy Mo Bee (qui a entre autres tueries a fait le hit de Craig Mack « Flava in ya ear » ou à la Rockwilder qui a fait « Da joint » de EPMD. Et il y a tellement d’autres producteurs incroyables, Marley Marl, Large Pro, Lord Finesse…

Chez les français, je cite Dj Mehdi, Pone de la FF, Jimmy Jay, Chimist, Lumumba, Haroun, Akh, Fred Dudouet, Animal Son White & Spirit Et des mecs qui préservent aujourd’hui l’art du sample comme Mani Deïz, Nizi, Nodey, Soul Children.

Quand et pourquoi as-tu commencé à publier tes vidéos de samples sur Twitter ?

Twitter à la base c’était un réseau plutôt annexe, je faisais le gros de ma promo plutôt sur Facebook et Instagram. Et puis en Septembre 2017, Instagram me clôture mon compte après une série de plainte venant du management de Jay-Z – j’avais fait une semaine spéciale samples de son album « 4:44 » juste après sa sortie. Visiblement ça ne plaisait pas trop à la maison de disque. Bref, je me retrouve sans Instagram et pas décidé à rouvrir un compte. Petit à petit je me mets à utiliser Twitter que je n’utilisais quasiment pas avant. J’apprécie beaucoup ce réseau aujourd’hui, il y a une super réactivité des gens qui sont dessus et la viralité du contenu est plutôt cool !

Tu as eu des problèmes avec Twitter qui menaçait de supprimer ton compte, tu peux revenir sur cette mésaventure ? 

« Les majors ne savent pas comment protéger les œuvres et du coup font de la répression à l’aveugle »

Comme Instagram et Facebook, Twitter se heurte à des responsabilités par rapport aux copyrights, leurs bots détectent un échantillon de musique qui vient d’un morceau protégé et envoient un rapport. Ça finit par des avertissements qui mènent à une clôture définitive du compte. Ça n’a aucun sens car au final quand tu regardes ce que je fais c’est juste de la promo pour les artistes, je pense que si on avait les chiffres de deezer/spotify le jour où je poste un de leur son, on aurait sûrement un mini pic d’écoutes. C’est juste révélateur d’à quel point les majors ne savent pas comment protéger les œuvres et du coup font de la répression à l’aveugle. Et je pense que ça ne va pas aller en s’arrangeant…

Certaines personnes (dont DJ Premier si j’ai bien suivi) veulent t’empêcher de poster tes vidéos – Tu penses que c’est dû à quoi ?

Empêcher c’est un bien grand mot. Je pense qu’un jour où il ne s’était pas levé du bon pied, il prend son téléphone, il voit un français qui le tag dans une vidéo où je donne le nom d’un sample qu’il avait dû « oublier » de déclarer. Du coup il était pas content. Je t’avoue que je le vis plus comme une blague qu’autre chose, mais c’est un peu un mythe qui c’est effondré quand il m’a pris à partie sur Twitter avant de me bloquer… C’est pas grave je lui en veux pas !

Tu penses qu’il y a une sorte de complexe des beatmakers à sampler, puisqu’ils se voyaient souvent reprocher de ne pas créer mais de reproduire/copier ? 

« Identifier les 4 mesures que tu peux écouter indéfiniment sans t’en lasser, c’est un art »

Je pense que ce complexe n’a pas sa place chez Puff Daddy qui prenait des boucles de 15 secondes sans problème… Pour moi un sampler c’est comme n’importe quel instrument de musique, il y a ceux qui savent s’en servir et les autres. Dans le premier cas il n’y a pas de honte à avoir car savoir identifier les 4 mesures que tu peux écouter indéfiniment sans t’en lasser c’est un art, il faut l’oreille!

Les gens sur Twitter te font beaucoup de retour positifs et te remercient de leur faire découvrir ces samples, c’est ça l’objectif principal, transmettre ta passion et ta culture ?

Oui j’essaie de partager ma passion du DJing et du rap à un maximum de gens, faire découvrir ou redécouvrir des morceaux qui ont une histoire. A l’heure où on doit payer pour quasi tout sur internet ou se taper de la pub pourrie qui n’intéresse personne, c’est cool d’avoir un break ! Mes vidéos c’est un peu ça : une pause musicale dans ta journée. Et les mixtapes que je fais, je les mets en téléchargement libre !

Je ne fais pas ça pour les followers, mais c’est sûr que ça me touche beaucoup tous ces retours. Je m’adresse aux gens qui aiment la musique, à tout le monde, et je partage ma passion avec eux en toute simplicité.

Comment tu déniches les samples utilisés par les rappeurs ? 

J’en avais déjà une petite série au fil des années à écouter du son et je rode toujours sur les sites Whosample, Du-bruit, The breaks. J’ai aussi des potes producteurs qui m’en filent parfois. L’exemple parfait c’est Pone de la Fonky Family qui un beau jour me donne le sample de « Cherche pas à comprendre » qui n’était nulle part (ce mec est un exemple à beaucoup de niveaux). Parfois des mecs m’envoient un message « Hey Sims t’as pas envie de faire tel morceau, c’est ça le sample… »  c’est parfait !


Tu préfères un sample qu’on ne reconnaît pas, complètement réutilisé pour offrir une musicalité totalement différente, ou une belle boucle bien utilisée ?

Difficile de choisir car j’aime les deux. J’aime quand la boucle n’est pas dans les 4 premières mesures du morceaux, que l’orchestration a le temps de se mettre en place, que des notes te donnent des indices et quand la boucle arrive tu sais que c’était celle là qu’il fallait prendre et pas 2 secondes avant ou après. Je pense à cette boucle de « Timeless » de John Abercrombie que Black Milk a samplé pour faire « The reunion » de Slum Village. Elle arrive vers 9 minutes…

Par rapport à mes vidéos, c’est plus intéressant quand le sample est découpé car on se rend plus compte du boulot : DJ Premier et Easy Mo Bee en tête de liste. Chez les français White & Spirit arrivent à me foutre la migraine avec leurs découpes : celle du Francis Lai sur « Les flammes du mal » de Passi typiquement… Dans un autre genre Havoc de Mobb Deep a lui tendance à ralentir à outrance pour transformer un arrangement en texture. C’est visible sur « Survival of the fittest » et sur « Shook ones part II » avec le sample de Herbie Hancock. Ça aussi ça marche bien en video et la surprise est complète!

Il y a aujourd’hui moins de samples dans le rap, en raison notamment des droits d’auteurs, arrives-tu à trouver ton compte dans ce qui se fait actuellement ?

J. Cole, Bas, Kendrick Lamar ou encore Travis Scott sont des artistes qui samplent encore beaucoup, même si je suis plus axé sur les années 1990, j’en glisse un de temps en temps, c’est l’occasion d’en réconcilier certains avec le rap d’aujourd’hui!


Tu n’a jamais été tenté d’approfondir l’aspect beatmaking et de produire pour des artistes ? 

Tout ça c’est une question de temps. Retrouver des samples et faire des vidéos ça en prend beaucoup, faire des mixtapes aussi. Mais oui à mes heures perdues j’ai fait des petites prods pour Mokless, Koma, ou encore Guizmo pour le son « Andre ».

Tu es aussi derrière certains scratchs dans les interludes et intros/outros du rap français, tu peux nous donner ton CV à ce niveau ?

Oui quelques passages dans des morceaux:
– Seth Gueko ft Kool Shen – Les 5 doigts de la main
– Seth Gueko – Sur le coeur
– Guizmo ft Seth Gueko – Le professeur et le renard
– Scred Connexion – BEZBAR
– Morad – Une journée bien comme tant d’autres
– Morad – Le survivant

Tu viens de sortir un nouveau format vidéo avec Radio Nova, comment la connexion s’est faite et quel est l’objectif de ces capsules ?

Jean Morel de Grunt/Radio Nova suit mon taf avec le label « Now Futur » depuis un moment. Il nous a beaucoup aidé quand j’ai sorti les « Sims Samples rap français » et les mixs sur NTM et IAM. Du coup c’est assez naturellement que lui et Sophie Marchand m’ont proposé de faire des petites vidéos pour le web de Nova et à l’antenne pour leur émission « Bam Bam ». C’est un format un peu plus travaillé, les explications en plus des mixs ont l’air de bien plaire au public donc c’est bon signe. C’est vraiment les débuts, on va voir comment ça évolue !

Tu as pensé à la conception d’un nouveau mix, soit centré sur un nouvel artiste ou un Rap Français Vol.3 ?

Pas mal de gens me demandent un troisième volet du rap français. Pour infos, les deux premiers m’ont pris un an à faire, mais je vais essayer, j’y réfléchis en tout cas ! Sinon j’ai des mixs prêts sur différents artistes, il faut juste trouver la bonne façon de les sortir !

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Quant à ses mixs, ça se passe sur soundcloud.

 

Propos recueillis par Simon Virot

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