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Eminem : la légende de son alter ego démoniaque, Slim Shady

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Dans la série des légendes bien réelles de l’histoire du rap, replongeons-nous ensemble dans celle d’Eminem et de son sulfureux alter ego, Slim Shady.

L’histoire d’Eminem est connue et a été racontée des milliers de fois. Dans ses chansons d’abord, mais aussi de toutes les façons possibles depuis plus de vingt ans. Pourtant, on prend toujours plaisir à y revenir tant le rappeur de Détroit a marqué la culture hip-hop et laissé une trace indélébile dans le cœur et l’esprit de nombreuses personnes. L’une des facettes les plus fascinantes de sa personnalité musicale reste incontestablement son double maléfique, le sulfureux, Slim Shady.

Son enfance, la source du mal

Depuis plusieurs générations, la famille d’Eminem est désunie, ravagée par l’alcoolisme, la drogue, les mauvais traitements et la précarité. C’est dans ce climat et ces valeurs peu propices à l’épanouissement d’un enfant, que va naître Marshall Mathers III, le 17 octobre 1972.

Comme si vivre dans le chaos ne suffisait pas, sa mère, prénommée Debbie, décide de quitter son mari violent et s’enfuit du foyer familial à peine quelques mois à peine après la naissance de son fils. Son père ne cherchera jamais à le revoir. Le petit Marshall n’a beau n’être qu’un nourrisson à l’époque, cette rupture affective paternelle va le traumatiser profondément et le marquer pour toute sa vie.

Après une longue suite de déménagements pour tenter de joindre les de bouts, fuir la violence familiale et retrouver la stabilité, Debbie Mathers s’installe définitivement avec son fils à 8 Mile, un ghetto de la banlieue de Détroit. Malheureusement, c’est déjà trop tard : l’instabilité, l’abandon et les allers-retours incessants ont freiné l’épanouissement de Marshall, qui sera dès son plus jeune âge, un enfant solitaire et renfermé sur lui-même.

De plus, à l’école, le jeune garçon sera stigmatisé et persécuté à cause de sa couleur de peau. Pour rappel, lors de l’enfance d’Eminem à la fin des années 70, la ville de Détroit vit encore avec le spectre des émeutes raciales qui l’ont ravagé en 1967. Le pire est peut-être passé, mais les rancœurs et le racisme sont restées. Couplez le rejet et l’exclusion dont il est victime à son enfance tumultueuse, et vous obtiendrez la formule qui fera germer la personnalité diabolique de Slim Shady. Mais pour le moment, il lui manque encore le moyen de s’exprimer.

Le rap, entre challenges et désillusion

Face au drame chaotique qu’est sa vie, Marshall va très vite se tourner vers la musique. Le jour où son oncle Ronnie lui fera découvrir le rap avec le morceau « Reckless » d’Ice-T et sa vie va changer du tout au tout.

Les années passent et Marshall, 19 ans, écume les petits boulots. Pour ne pas perdre la tête, il cultive ses talents de rappeur avec son oncle, alors de deux ans son aîné. Malheureusement, ce dernier finira par se suicider en 1991 après une rupture amoureuse difficile. Son monde s’écroule. Le petit blanc chétif perd l’une des personnes avec qui il était le plus proche. De cette nouvelle épreuve, il puisera une nouvelle détermination : plus que jamais, il compte se battre pour honorer la promesse faîte à Ronnie : devenir un rappeur à succès.

De là, il se remet profondément en question, affûte sa plume et commence à se faire un nom dans les soirées open mic de Détroit. Il façonne son univers et se rebaptise pour l’occasion, Eminem.

Seulement, il va vite se heurter à la réalité du terrain. Le rap est issu d’une culture noire et ses acteurs voient d’un mauvais œil qu’un petit blanc vienne marcher sur leurs plates-bandes. Résultat ? Même si son pote Proof lui a donné une certaine crédibilité, il souffre encore du racisme anti-blanc dans la culture hip-hop. Tout le monde le moque, l’insulte et le décrédibilise, sans même lui laisser sa chance. Parallèlement à tout ça, un nouveau challenge se dresse devant lui : sa femme Kim est enceinte. Elle accouchera d’une fille, Hallie Jade, le 25 décembre 1995.

Dès lors, il est temps pour Eminem de passer à la vitesse supérieure. Il doit absolument percer s’il souhaite subvenir dignement aux besoins de sa famille et de sa fille. Il participera alors à tous les battles possibles et inimaginables, donnera ses premiers concerts, ce jusqu’à sortir son premier disque, Infinite, en 1996. Si sa technique au micro, ses talents d’écriture et son storytelling sont déjà évidents et quelque peu reconnus, sa personnalité est encore trop lisse et sa couleur de peau continue de l’handicaper.

Au final, son projet a beau trouver écho chez quelques artistes, radios et DJ de la scène locale, Eminem essuie un premier revers commercial. En interview, il s’est souvenu de cette époque avec recul : « Infinite m’a permis d’essayer de trouver la sonorité de mon rap. Il m’a permis de grandir, de progresser. Je vois Infinite comme une démo qui a été un peu bâclée ».

Cet échec lui mettra un grand coup sur la tête. Enervé de ne pas être accepté en tant que rappeur, fatigué de bosser pour un salaire de misère et épuisé par ses disputes incessantes avec sa femme Kim, il pense à tout laisser tomber. Il tente même de se suicider en avalant des médicaments. Frôlant la mort et hanté par le souvenir de son oncle Ronnie, il parvient finalement à canaliser son mal-être pour nourrir sa proposition artistique. Rendu fou par un désir désespéré de s’en sortir, Eminem va donner naissance à son double maléfique, son alter ego démoniaque, Slim Shady.

Slim Shady, un anti-héros légendaire

Slim Shady, c’est le résultat de la colère intérieure d’Eminem, elle-même nourrie par son parcours chaotique et ses échecs cumulés. Sous cette nouvelle identité, le rappeur de Détroit fait passer son écriture au niveau supérieur, n’hésitant pas à flirter avec le sordide et l’indécent. Dans « Just The Two of Us » (la première version de « 97′ Bonnie & Clyde » extraite de The Slim Shady EP publiée en 1997) par exemple, il raconte à sa fille de quatre ans comment il a tué sa femme Kim avant de jeter son cadavre dans la rivière sous ses yeux.

Plus largement, l’odieux blond peroxydé Slim Shady représente tous les mauvais côtés de l’Amérique et de l’être humain. Il est un psychopathe, sociopathe, drogué, alcoolique, homophobe, misogyne, vulgaire, provocateur, cynique et ultra-violent. Dans cette logique, ses textes sont plus sombres, son flow est plus incisif, plus amers, et sa voix et bien plus nasillarde. Mais ce n’est pas tout. Que ce soit dans ses textes ou dans son interprétation, il veille toujours à glisser une petite pointe d’humour. De l’humour noir certes, mais de l’humour quand même. Aussi fascinant qu’effrayant, Slim se place en digne héritier des plus grands tueurs en série de l’histoire. Evidemment, le succès est immédiatement au rendez-vous.

Mais plutôt que de se salir les mains avec du sang, Slim attaque ses victimes à grands coups de rimes et de punchlines cinglantes. Sa mère, son père, sa femme, des icônes de la pop culture, des politiques, mais surtout beaucoup de MC dans l’histoire ont subi de plein fouet sa rage meurtrière. A ce propos, The Game déclarait d’ailleurs dans une interview  “Il ne faut jamais s’embrouiller avec Slim Shady. Il est intouchable, personne ne peut rien contre lui”. Comment ne pas lui donner raison quand on sait que la plupart de ses victimes ont carrément vu leurs carrières s’arrêter après le clash ? Insane Clown Posse, Benzino, Canibus, Ja Rule ou encore Everlast peuvent en témoigner.

La fin d’une époque

C’est finalement en 2010 qu’Eminem enterrera définitivement Slim Shady, après une ultime cure de désintoxication. Si l’album Recovery signe officiellement l’arrêt de mort du démon, celui-ci n’a pas dit son dernier mot. Après avoir foutu le bordel dans le game pendant plus de dix ans, le bougre n’allait pas se laisser réduire au silence si facilement.

Il est effectivement arrivé que celui-ci revienne frapper à la porte du hip-hop avec sa tronçonneuse. Sur l’album The Marshall Mathers LP 2 en souvenir du bon vieux temps, sur Revival pour attaquer de front Donald Trump, ou plus récemment, pour remettre à leur place Nick Cannon et Machine Gun Kelly, Slim Shady est toujours là.

En à peine quelques années d’existence, le personnage de Slim Shady a subjugué le public de la planète toute entière, au point de devenir lui-même une icône de la culture rap. Certains affirment même qu’Eminem, en tuant son alter ego démoniaque, a amorcé le déclin de sa carrière. L’intéressé au contraire dira qu’il ne s’est jamais senti aussi vivant qu’en étant loin de lui.

Mais ne vous y trompez pas, Slim Shady n’est pas mort. Eminem a parfaitement conscience que l’ombre de son double flotte toujours au-dessus de sa tête. En artiste et être humain accompli, il a simplement appris à vivre avec.

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