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Hommage à Guru, un artisan musicien révolutionnaire et visionnaire

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Hommage à Guru, un artisan musicien révolutionnaire et visionnaire

La légende de Gang Star Guru aurait eu 58 ans cette année. Hommage à l’un des MC les plus audacieux de l’histoire du hip-hop.

Le 19 avril 2010, le hip-hop perdait l’une de ses plus grandes figures. En ce lundi noir, Keith Elam, plus connu sous le nom de Guru (pour Gifted Unlimited Rhymes Universal), était emporté par un cancer à l’âge de 48 ans. Ironie du sort pour celui qui a passé une grande partie de sa carrière à rendre hommage à ceux partis avant lui. Renvoyons-lui l’ascenseur et prenons un instant pour honorer sa mémoire. En souvenir d’une légende du rap, et bien plus.

C’est à la fin des années 80 que Guru fera ses premières armes aux côtés de DJ Premier, avec lequel il formera le groupe Gang Starr. Plus qu’un partenariat musical, les deux artistes vont ensemble, révolutionner le hip-hop en six albums. Rien que ça.

Aux côtés de groupes emblématiques comme De La Soul, A Tribe Called Quest et The Roots, ils vont faire les beaux jours d’un hip-hop mélangeant subtilement des influences rap et jazz. C’est en 1989, que sortira leur première galette No More Mr. Nice Guy. Porté par le single « Positivity », on trouve sur ce disque, les fondements de ce qui fera la magie de leur alchimie : le flow posé et l’aisance d’écriture de Guru couplés aux prod’ scratchée et jazzy de DJ Premier.

Mais c’est surtout l’album Moment of Truth qui marquera les esprits et placera Gang Starr au sommet de sa gloire. Avec des titres toujours mythiques comme « Above The Clouds », « Work », « You Know My Steez » ou encore, « Royalty » on constate qu’à force d’officier ensemble, le duo arrive à maturité. En reconnaissance, le disque sera certifié disque d’or un peu plus d’un mois après sa sortie. Un fait rare pour l’époque.

Après près de 15 ans de bons et loyaux services, Gang Starr tire finalement sa révérence en 2003 avec l’album The Ownerz. En dépit de la qualité indéniable de morceaux tels que « Right Where You Stand », l’album sera un échec commercial. Relatif certes, mais suffisant pour pousser le groupe vers la sortie. Il n’empêche que, malgré un paysage musical changeant au début des années 2000, la formule Gang Starr elle, est restée intemporelle pour les amoureux de hip-hop.

Gang Starr se dissout, mais ses deux faces restent en bons termes. Après quoi, chacun fait part de son envie de voguer vers de nouvelles aventures. DJ Premier continueras de produire pour ses artistes et animera diverses émissions, tandis que Guru préférera se concentrer sur sa carrière solo déjà bien entamée.

Jazzmatazz, ou l’exaltation de Guru

Tenter de briller en solo alors qu’on touche déjà le ciel à deux est un pari risqué, mais Guru a réussi, car il a su se montrer visionnaire dès le début. En solitaire, il est parvenu a conserver ce qui faisait sa force avec Gang Starr, tout en l’emmenant encore plus loin. C’est en 1993 que cet artisan musicien, dans un énième élan d’audace artistique, façonne « Jazzmatazz ». Une série d’albums en quatre volets (+ un best of). Ou si vous préférez, un savant mélange de hip-hop et jazz comme il n’en a jamais existé auparavant.

Bien entendu, le rap a depuis toujours, baigné dans le jazz et les autres musiques noires. Il n’a qu’à voir la majorité des samples utilisés dans les années 80-90. Sauf que Guru a voulu aller encore plus loin en apportant une dimension « live » à son jazz / rap. Pour cela, cet éternel avant-gardiste va choisir de faire composer ses prods par de véritables musiciens de jazz, une pratique encore peu répandue à l’époque. Il offre ainsi une véritable bouffée d’air pur à sa musique, même si les samples et les scratchs sont toujours présents.

Bien sûr, pour sublimer sa formule en quatre opus, Guru a su s’entourer des plus grands jazzmen de l’époque : Donald Byrd, Lonnie Liston SmithDavid Sanborn Shara Nelson, Bob James, Herbie Hancock, Isaac Hayes, Branford MarsalisRonny Jordan, et Roy Ayers  pour ne citer qu’eux. En terme de rap également, les meilleurs sont venus ajouter leur pierre : The Roots, Common, Slum Village parmi tant d’autres.

Et puisqu’on parle d’avant-garde, on trouve en 1993, sur le premier volet de Jazzmatazz, une collaboration avec notre éminent pionnier du rap français MC Solaar. « Le Bien, Le Mal » demeure ainsi l’une des premières connexions rap franco-américaines. A ranger aux côtés des collabs’ mythiques de « La Saga » entre IAM et le WU-Tang, la vérsion avec les Sunz of Man ou encore le remix Saint-Denis Style d' »Affirmative Action » entre NTM et NAS,

Avec un si bel héritage laissé derrière lui, difficile de savoir exactement quelle direction musicale aurait pris Guru s’il était encore en vie. Quoi qu’il en soit, DJ Premier n’a pas manqué de saluer son acolyte et ami pour son cinquante-huitième anniversaire. Son cadeau ? Un message fort et un clip en souvenir de leur gloire passée.

Dans sa musique également, Preemo manque rarement une occasion de saluer la mémoire de celui qui restera à ce jour, son plus grand complice musical. A l’image de PRhyme, son binôme formé avec Royce Da 5’9″ dans lequel il lui glisse quelques shout out. Le rappeur de Détroit aussi reconnaît l’héritage de son homologue du Massachusetts, et affirme en toute humilité dans « U Looz », qu’il ne pourra jamais le remplacer.

Lors de son hospitalisation et quelques semaines avant de partir, Guru avait écrit une lettre à ses fans. S’il y évoquait évidemment son combat contre la maladie, sa carrière, sa famille et ses proches, il a surtout cristallisé sur papier, sa fierté d’avoir « redonné du souffle au hip hop / jazz, un genre qui à une époque, n’était plus rien.» Pour ça Guru, le monde peut te dire : merci et bravo l’artiste.

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